Index du dossier terrain démolition. Quatre fiches qui constituent un terrain mobilisable en phase B (hypothèses de projet) à partir des objets déjà travaillés par Margaux : Landauer, Hobson, HouseEurope!, Plan Libre. Toutes articulent, d’une manière ou d’une autre, le geste de défaire à un savoir d’architecte qui n’est plus celui du neuf.

Le document central de mobilisation reste la passerelle argumentative : ce dossier en constitue le terrain d’application le plus dense.

Synthèse des quatre fiches

BB41, 2025)

Paul Landauer, architecte praticien, professeur à l’ENSA Paris-Est, dirige le master Transformation. Thèse principale : la démolition n’est pas l’envers neutre du construire, c’est un geste architectural à part entière, longtemps invisibilisé. Post-démolition propose de la rendre visible, et avec elle la matière déjà-là comme champ propre de l’architecture, distinct de la conservation patrimoniale et de la construction neuve. Mobilise les grands ensembles (Brest, Nanterre, Sarcelles, Toulouse) et l’ANRU.

Zones, 2025)

Léa Hobson, architecte et militante (Soulèvements de la Terre, collectif forty five degrees). Le livre articule un savoir technique précis sur la filière béton (clinker, granulats, sable, armatures) et une visée politique frontale : le béton armé n’est pas une matière, c’est un dispositif productif qu’il faut désarmer. Démolir devient un acte de résistance, ré-habiter la terre un programme constructif alternatif (terre crue, paille, pierre, bois). Contexte : Sainte-Soline, A69, mégabassines, JO 2024.

HouseEurope! (Brandlhuber + Grawert, ICE 052, OBEL Award 2025)

Initiative citoyenne européenne (« Yes to Renovation! No to Demolition! ») et organisation à but non lucratif basée à Berlin. Co-initiée par Arno Brandlhuber et Olaf Grawert (b+, ETH Zurich), avec Ludwig Engel et Alina Kolar. Propose une législation européenne pour rendre la rénovation économiquement et fiscalement plus avantageuse que la reconstruction à neuf. Présente à la Biennale d’architecture de Venise 2025 (Arsenale), distinguée par l’OBEL Award 2025. Articule architecture, droit et activisme.

Plan Libre, dossier « Comment démolir » (n° à confirmer)

Plan Libre est le journal de la Maison de l’Architecture Occitanie-Pyrénées (Toulouse, fondé en 2002). Le dossier « Comment démolir » prolonge le n° 200 « Sans construire, sans démolir » (février 2023). Numérotation 214 plausible mais à vérifier sur exemplaire papier. Format journal grand format, dossiers thématiques tranchants. Contributions à recenser après confirmation.

Cinq thèses transversales

Issues du croisement des quatre fiches (Landauer, Hobson, HouseEurope!, Plan Libre).

1. La démolition est un geste architectural, pas un préalable au geste

Landauer le pose frontalement, HouseEurope! l’opérationnalise dans le champ législatif, Plan Libre l’éditorialise. La démolition était jusqu’ici l’angle mort de la profession : on construit, donc on a (parfois) démoli. Renverser : on démolit, donc on construit autrement. Le savoir d’architecte se déplace.

2. Le bâti existant est une matière, pas un patrimoine

Conserver-restaurer ne suffit pas, démolir-reconstruire non plus : entre les deux, le réemploi, la transformation, la déconstruction sélective. La matière déjà-là (béton, briques, charpentes, fenêtres) entre dans une économie nouvelle. Hobson désarme le béton, HouseEurope! le rentabilise par la rénovation, Landauer le théorise comme stock disponible (cf. exposition Architectures du stock, Pavillon de l’Arsenal, avril 2026).

3. Démolir engage une politique du bâti, pas seulement une technique

Hobson est la plus explicite : la filière béton est un dispositif productif lié à des choix énergétiques, fonciers, agricoles. La démolition ne peut pas être pensée hors de l’ANRU, de la spéculation immobilière, de la fiscalité européenne. HouseEurope! pose le terrain juridique. Plan Libre fait la chronique éditoriale du débat.

4. La main de l’architecte se déplace de la conception vers l’inventaire

Désamiantage, diagnostic, curetage, dépose soignée : la main qui démonte est aussi savante que la main qui assemble. Le geste change d’orientation temporelle (avant / après) mais conserve sa dignité technè. Articulation immédiate avec l’incitation A : ni « main abstraite » du système objet, ni dēmiourgós artisan du neuf, mais opérateur d’un cycle élargi, qui fait avec ce qui est déjà là.

5. La démolition convoque un public

HouseEurope! comme ICE met les citoyens européens en position de cosignataires de la loi. Plan Libre médiatise. Hobson écrit depuis la zad. Landauer signe ses interventions sur les grands ensembles. Démolir n’est jamais un huis clos technique : c’est un acte qui exige une scène publique d’évaluation. Lien direct avec le terrain public : démolition et politique publique se croisent.

Comment mobiliser ce dossier en phase B

Encadré opérationnel pour la loge.

  • Hiérarchiser : Landauer pour la posture théorique d’architecte ; Hobson pour le tranchant politique ; HouseEurope! pour la dimension juridique et européenne ; Plan Libre pour la diversité éditoriale des positions.
  • Choisir l’angle selon B : si B parle de « ressource » ou de « stock », privilégier Landauer et HouseEurope! ; si B parle de « lutte » ou de « vivant », privilégier Hobson ; si B est plus formel ou esthétique, mobiliser Plan Libre.
  • Articuler à A explicitement : la démolition comme geste qui réinvestit une intelligence de la main (axe 1 du socle), contre l’arraisonnement industriel qui efface le geste (axe 2), et qui peut se relire comme dēmiourgós élargi opérant sur le commun bâti (axe 3).
  • Croiser avec le terrain public si B oriente vers la médiation ou la décision : voir terrain public et la passerelle.
  • Citer juste : Building Books 2025, La Découverte / Zones 2025, OBEL Award 2025, ICE 052. Ne pas inventer le n° de Plan Libre si la mémoire flanche, dire « le dossier Comment démolir, fin 2024 ».

Liens