Avertissement sur la numérotation
Le numéro précis du dossier « Comment démolir » de Plan Libre reste à confirmer. Les recherches en ligne (site officiel planlibre.eu, sommaires partiels) attestent l’existence du dossier, daté de 2024-2025, comme suite logique du n° 200 « Sans construire, sans démolir » (février 2023). L’hypothèse d’un n° 214 (2024-2025) est plausible compte tenu du rythme mensuel de publication, mais elle demande à être vérifiée par achat de l’exemplaire ou consultation directe à la Maison de l’Architecture Occitanie-Pyrénées (Toulouse, 169 avenue des Minimes). Les contributions ici recensées sont attestées en ligne sur planlibre.eu, sous la catégorie « Comment démolir ».
Plan Libre - identité éditoriale
Plan Libre est le journal de la Maison de l’Architecture Occitanie-Pyrénées, fondé en 2002 à Toulouse. La revue paraît au rythme mensuel et a fêté ses 20 ans avec son n° 200 (février 2023). Direction artistique forte, format journal grand format, articulation systématique entre :
- des dossiers thématiques courts et tranchants (« L’enquête », « Le style anthropocène », « Animal malgré tout », « Sans construire, sans démolir », « Inhabitable », « Joyeux Moyen-Âge », « Étonner la catastrophe », « Faveurs du logement », « Comment démolir », « Ce que peuvent les ruines », « Assembler le radeau »)
- des incursions hors-discipline (philosophie, géochimie, graphisme, anthropologie)
- des comptes rendus de projets et d’expositions ancrés dans le grand sud-ouest
Le rédacteur en chef est Sébastien Martinez-Barat (architecte cofondateur de MBL architectes, maître de conférences ENSA Saint-Étienne, commissaire d’exposition). La ligne éditoriale ne défend pas l’« art d’édifier » mais une architecture qui considère, répare, requalifie. Le n° 200 « Sans construire, sans démolir » avait fixé ce cap : l’architecture n’est plus l’institution d’un objet mais une stratégie de soin du déjà-là.
Le dossier « Comment démolir » radicalise et déplace la question. Si « Sans construire, sans démolir » posait la possibilité d’une architecture liminale, « Comment démolir » prend acte de l’inévitabilité de certaines démolitions (cyclone, obsolescence, conditions sanitaires) et demande : comment opérer ce geste avec attention, savoir, mémoire ?
Sommaire reconstitué
Liste des contributions identifiées sur planlibre.eu sous l’étiquette « Comment démolir » :
Paul Landauer - « Rendre visible la démolition » Architecte et enseignant-chercheur, auteur de Post-démolition. L’architecture en regard de ses ruines (B2, 2023). Article qui reprend partiellement le livre. Question centrale : comment conserver trace d’une opération inscrite dans la disparition ? Le texte s’ouvre sur l’image obsédante de l’effondrement de Pruitt-Igoe (Saint-Louis, Yamasaki, 1972), érigée par Charles Jencks en acte fondateur du post-modernisme architectural. Landauer dénonce le statut occulté de la démolition : geste massif, signé, auteur, mais effacé du récit disciplinaire. Il propose de la faire rentrer dans le champ visible de la pratique architecturale.
Keller Easterling - traduction d’extraits de Subtraction (2014) Architecte et théoricienne américaine (Yale), traduite par la plateforme xénotopies (mlav.land et Nagy Makhlouf). Le texte synthétise sa pensée de la soustraction comme opération architecturale à part entière, inscrite dans les pratiques du désarmement, du détrousselage, du démantèlement. La soustraction n’est pas l’envers négatif de l’addition : elle est une grammaire spatiale propre, qui change la donne politique et écologique du métier.
Nicola Delon - « Mayotte après Chido » Architecte cofondateur d’Encore Heureux. Depuis 2019, l’agence travaille au lycée des métiers du bâtiment de Longoni (Mayotte). Récit sensible et documenté des destructions causées par le cyclone Chido (2024). Vision un an après : certaines démolitions s’imposent par catastrophe naturelle, mais leur traitement reste un choix architectural et politique. Hommage indirect à Patrick Pérez (anthropologue, ENSA Toulouse) cosigné avec Julien Choppin.
Camille Juza - « Démolir l’héritage des Trente Glorieuses » Réalisatrice de films et productrice de documentaires radio. Son travail interroge les lieux de l’héritage d’après-guerre (un 90 minutes pour France TV sur la métamorphose de la France après 1945, une série sur les 50 ans du périphérique parisien). Pour Plan Libre, contribution sur l’iconographie médiatique des démolitions de grands ensembles : que voit-on quand on filme une dynamitage ? Que produit le récit médiatique sur ces gestes ?
Antoine Feyer - « Foudroyage à Saint-Étienne » Architecte diplômé de l’ENSA Saint-Étienne (2025). Recherche initiée en master sur les méthodes de démolition à Saint-Étienne. Étude de cas : la destruction à la dynamite d’une tour dans le quartier de Montreynaud. Enquête de terrain, attentive aux gestes techniques (foudroyage, broyage, tri) et aux récits ouvriers du démontage. Ancrage local du dossier dans la géographie ouvrière française.
Suzie Poughon - « Albums de famille et démolitions ordinaires » Architecte, doctorante au LRA (Laboratoire de Recherche en Architecture, ENSA Toulouse) depuis 2025. Thèse en CIFRE chez Architecture in vivo (urbanisme participatif). Hypothèse : les albums de famille sont une ressource sensible pour penser les démolitions. Démolir, c’est aussi effacer une mémoire domestique, des couches affectives. Un terrain photographique et oral pour réintroduire l’expérience habitée dans la décision.
Bernadetta Budzik et Rachel Rouzaud - « Varsovie en démolition » Duo d’architectes-artistes, recherche sur la démolition de la capitale polonaise. Approche transmédia (occupation comme protestation, autoconstruction, modes alternatifs d’habiter). Varsovie comme laboratoire historique de la démolition : destruction nazie totale en 1944, reconstruction stalinienne, démolitions néo-libérales contemporaines. La démolition comme strate géologique d’une ville.
Thèses transversales
Sept hypothèses traversent le dossier :
1. La démolition est un geste d’architecte, pas un point aveugle. Contre la tradition disciplinaire qui range la démolition du côté de l’opérateur technique (entreprise, déchet, foudroyage industriel), les contributeurs revendiquent qu’elle relève du projet, donc de la responsabilité signée. Landauer en fait l’épine dorsale : post-démolition nomme l’angle aveugle qu’il faut éclairer.
2. La soustraction est une grammaire architecturale. Easterling propose de cesser de voir la démolition comme l’inverse négatif de la construction. La soustraction a sa cohérence, ses outils, ses temporalités. Penser la subtraction c’est se donner les moyens d’opérer dans le bâti existant sans le réduire à un repoussoir.
3. La démolition s’inscrit dans une histoire politique. Pruitt-Igoe (Landauer), les grands ensembles français (Juza, Feyer), Varsovie (Budzik / Rouzaud) sont des objets politiques, pas des questions techniques. Démolir, c’est gouverner.
4. La catastrophe modifie l’équation. Mayotte / Chido (Delon) introduit le cas de la démolition non choisie. La distinction démolir / s’effondrer / être détruit devient un cadre d’analyse productif.
5. La démolition a une mémoire. Poughon, Budzik / Rouzaud, Juza s’attachent aux strates affectives, photographiques, narratives du bâti effacé. Démolir, c’est aussi décider du sort d’une mémoire collective.
6. La démolition est un savoir technique négligé. Feyer documente la dynamite, le tri, le foudroyage. Une compétence ouvrière existe, qu’il faut reconnaître et faire entrer dans le champ disciplinaire.
7. La représentation de la démolition est un enjeu. Le geste architectural de la fin doit avoir ses formes : films, photographies, dessins, archives. Sans représentation, la démolition reste un trou dans le récit professionnel.
Articulation à l’incitation A
Le dossier Plan Libre offre une déclinaison opératoire de la tension Baudrillard / Lecoq dans le champ du bâti :
La main abstraite, version foudroyage. Démolir à la dynamite, c’est précisément le geste de la « main abstraite » dans son maximum d’efficacité : un opérateur calcule, une charge explose, un nuage de poussière, plus rien. Le corps n’a pas touché les murs, n’a pas senti les matériaux, n’a pas hésité. Feyer documente cette main désincarnée à l’œuvre à Montreynaud. Landauer en fait le symbole qui hante l’architecture contemporaine : Pruitt-Igoe comme matrice iconographique de l’effacement sans contact.
Le dēmiourgós, version démonteur. En face, le démonteur soigneux d’Encore Heureux (Delon), l’architecte-traducteur d’Easterling, l’artisan-aède de Poughon (qui cherche la trace) ou de Budzik / Rouzaud (qui suit la mémoire varsovienne). Tous proposent une main qui touche le bâti avant qu’il ne disparaisse, qui sait reconnaître ce qu’elle défait. Ce sont les dēmiourgoí contemporains de la démolition : à la fois forgerons (savoir-faire technique), aèdes (récit, archive, transmission) et hérauts (déclaration publique du geste).
Une catégorie large, à la Lecoq. Le dossier rassemble architectes, théoriciens, doctorants, cinéastes, artistes-architectes, ingénieurs implicites. C’est précisément la catégorie large du dēmiourgós homérique : « hommes de l’art » qui couvrent fabrication, soin, récit, divination. Le démolisseur du XXIe siècle n’est ni un manœuvre, ni un démiurge solitaire : c’est un opérateur public qui inscrit son geste dans une cité, dans une histoire, dans une mémoire.
Pour la phase B. Le dossier suggère plusieurs angles d’hypothèse :
- Un dispositif documentaire qui rende visible une démolition (Landauer, Juza)
- Une école de la dépose qui transmette le savoir-faire de la soustraction (Easterling, Feyer)
- Une plateforme de mémoire des bâtiments démolis, alimentée par les habitants (Poughon)
- Une intervention liminale dans un bâti voué à disparaître, qui en sauve une trace ou un fragment (Encore Heureux)
Citations et formulations mobilisables
« Le langage de l’architecture post-moderne s’ouvre sur une image de destruction qui hante encore. On voit les bâtiments de Pruitt-Igoe… s’effondrer, leurs volumes saillants se désagrègent dans la masse informe d’un nuage de poussière. » Paul Landauer, Plan Libre, dossier « Comment démolir »
« Concevoir sans construire et sans démolir n’est pas une posture de démission. Il s’agit ici de faire l’hypothèse d’une architecture, non plus comme l’art d’édifier, mais plutôt comme une stratégie de considérer, réparer, requalifier. » Édito Plan Libre n° 200, 2023 (cadrage du n° « Comment démolir »)
« Une sensibilité neuve pour une architecture liminale, laissée au seuil de la chose tangible, pensée comme acte de maintenance, sans souci de forme ni de visibilité. » Plan Libre n° 200
Sur la soustraction comme grammaire (Easterling, Subtraction, 2014, traduit pour Plan Libre) : « La soustraction n’est pas l’inverse négatif de la construction, mais une opération architecturale à part entière, dotée de sa propre intelligence spatiale. » (formulation reconstituée à partir des extraits disponibles ; vérifier avec la traduction publiée)
Pistes de complément
- Acquérir le numéro complet auprès de la MA Occitanie-Pyrénées (planlibre.eu, librairie en ligne) ou via Techné Bookclub
- Vérifier la numérotation exacte (n° 214 ?) et la date de parution (2024 ou 2025 ?)
- Lire Paul Landauer, Post-démolition. L’architecture en regard de ses ruines, B2, 2023 - texte décisif dont l’article Plan Libre est un dérivé
- Lire Keller Easterling, Subtraction, Sternberg Press, 2014 (en anglais) ; consulter la traduction française intégrale sur xénotopies (mlav.land)
- Croiser avec Léa Hobson, Désarmer le béton, Premier Parallèle, 2024 (déjà fiché dans architecture-reemploi)
- Suivre la recherche en cours de Suzie Poughon (LRA, ENSA Toulouse) sur les albums de famille comme ressource architecturale
- Demander à Margaux si elle peut emprunter le numéro à la bibliothèque de l’ENSA ou à la Maison de l’Architecture la plus proche