Définition
Processus par lequel la marchandise acquiert une vie autonome et masque les rapports sociaux de production qui l’ont engendrée. Selon Marx (Le Capital, 1867), la marchandise apparaît comme dotée de propriétés intrinsèques, alors qu’elle est le produit de relations sociales de travail. Ce processus d’abstraction fait disparaître la dimension humaine et sociale de la production derrière l’objet-marchandise et sa valeur d’échange.
Sources
- Karl Marx, Le Capital (1867) - théorisation fondamentale du concept dans la critique de l’économie politique. La marchandise masque le travailleur parcellaire qui l’a produite : l’épingle de Nuremberg ne porte plus la trace des 20 ouvriers réduits chacun à un seul geste. La “pathologie industrielle” et le “rabougrissement” du corps disparaissent derrière l’objet fini
- Guy Debord, La Société du spectacle (1967) - prolongement du fétichisme de la marchandise dans le régime du spectacle où “tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation”
Mobilisation en épreuve
Ce concept est mobilisable pour analyser le spectacle visuel de la marchandise dans les dispositifs commerciaux du XIXe siècle : vitrines, grands magasins, expositions universelles. Il permet d’expliquer comment l’objet exposé devient autonome, occulte ses conditions de fabrication et s’offre comme pure apparence désirable. Peut être convoqué pour étudier la mise en scène de la marchandise chez Zola (Au Bonheur des Dames) ou dans l’architecture commerciale (Bon Marché, Printemps).
Utile également pour penser la transformation du regard sur l’objet : de l’objet-produit (technique, travail) à l’objet-signe (valeur symbolique, désir).
Concepts liés
- Étalagisme - mise en scène visuelle de la marchandise
- Spectacle - extension du fétichisme au régime de l’image
- Aliénation - dépossession du travailleur face au produit de son travail
- Grand magasin - dispositif architectural du fétichisme marchand