Identité
- Dates : né en 1985 (approximatif)
- Nationalité : française
- Discipline : philosophie, essai, traduction
- Affiliation : ancien charpentier (Fédération compagnonnique), juriste (Master 2 contentieux publics, Paris 1 Panthéon-Sorbonne) ; traducteur littéraire de l’allemand et de l’anglais (2012-2017)
- Contexte : Lochmann interrompt des études de droit et de philosophie à Paris 1 pour apprendre le métier de charpentier. Cette bifurcation biographique structure entièrement son oeuvre : l’expérience directe du travail manuel sert de laboratoire à une réflexion philosophique sur le geste, la matière, la transmission et l’éthique du faire. Il revient ensuite au droit public et travaille un temps au tribunal administratif de Montreuil. Il s’inscrit dans le courant contemporain de réhabilitation philosophique de l’artisanat (Sennett, Crawford).
Concepts clés
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Pensée matérielle - penser n’est pas une activité purement cérébrale, désincarnée. Dans le travail de charpente, l’oeil, la main et le cerveau sont en coordination permanente avec la matière. Lochmann refuse l’opposition binaire “manuel/intellectuel” : “L’opposition binaire empêche de comprendre ce qu’est la pensée matérielle. Ce n’est pas penser avec les mains, comme le voudrait cette expression charmante mais elle aussi binaire.” La pensée émerge du contact concret avec les choses, du verdict des matériaux.
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Ethique du faire - la pratique artisanale n’est pas un simple ensemble de techniques mais une posture morale : soin apporté à l’ouvrage, humilité face à la matière, responsabilité envers le résultat, inscription dans le temps long. Le bien faire est déjà donner du sens à son action. Cette éthique s’oppose au “bullshit job” (Graeber) et à la disruption comme valeur.
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Savoir-faire comme bien commun - les savoir-faire artisanaux ne sont pas une propriété individuelle ou une ressource privatisable : ils sont développés collectivement sur des générations, transmis dans une logique de dette envers le corps de métier. “Toute parole reçue que tu n’as pas transmise est une parole volée” (maxime compagnonnique citée dans La vie solide). La transmission est une obligation, pas une faveur.
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Vie solide vs vie liquide - réponse implicite à Zygmunt Bauman (La vie liquide, 2006). Dans une époque “frénétique”, la pratique artisanale offre un ancrage : inscription dans la durée, gestes répétés qui forment le corps, objets qui persistent après leur fabricant. L’artisanat est une manière de résister à la fluidité et à l’obsolescence programmée.
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Corps collectif - le travail en équipe sur un chantier crée un organisme à plusieurs corps qui se synchronise sans paroles. Lochmann décrit le moment où l’on porte une poutre à plusieurs comme une expérience de coordination corporelle irréductible au seul langage verbal.
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Philosophie du toucher - contre une tradition philosophique qui pense le rapport au monde sur le modèle de la vision (désengagé, à distance), Lochmann développe une phénoménologie du toucher : percevoir, c’est être inscrit dans le monde, non installé devant lui. L’activité perceptive engage le corps entier.
Oeuvres de référence
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La vie solide. La charpente comme éthique du faire (Payot, 2019 ; rééd. poche, 2021) - récit d’apprentissage et essai philosophique entremêlés. Réhabilitation du geste artisanal, de la transmission des savoir-faire et du rapport concret à la matière. Mobilise Leroi-Gourhan, Arendt, Stiegler, Sennett. Traduit en plusieurs langues.
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Toucher le vertige (Flammarion, 2021) - récit d’une ascension dans le massif du Mont-Blanc. Exploration philosophique du rapport au vide, à la peur, au sensible. Développe une “philosophie du toucher” contre le primat de la vision. Convoque Descartes, Kant, Sartre pour penser différentes modalités du vertige.
Traductions notables
- Feyerabend Paul, Philosophie de la nature (Le Seuil, 2014) - traduit de l’allemand avec Matthieu Dumont
- Rheinberger Hans-Jörg, Systèmes expérimentaux et choses épistémiques (Classiques Garnier, 2017)
- Riegl Aloïs, Le Culte moderne des monuments (Allia, 2016)
- Musil Robert, De la bêtise (Allia, 2015)
- Simmel Georg, Philosophie de la mode (Allia, 2013)
Articles
- “L’esprit du travail artisanal”, Revue Esprit (2025)
Mobilisation en épreuve
Pour le sujet “La technique” : Lochmann apporte un angle rare dans le corpus : celui du praticien-philosophe qui pense la technique depuis l’intérieur du geste, non depuis l’extérieur comme observateur critique. Il permet de :
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Dépasser l’opposition manuel/intellectuel : la technique n’est pas un simple moyen pour une fin, elle est un mode de pensée à part entière. Argument contre le dualisme qui sépare conception et exécution (critiquable via Simondon sur le modèle hylémorphique).
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Penser la technique comme éthique : le geste technique engage une forme de vie, une posture morale. S’oppose à la vision instrumentale de la technique (Heidegger, Ellul) sans en nier les risques.
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La transmission comme enjeu politique : les savoir-faire comme bien commun ; leur dépossession (prolétarisation chez Stiegler) comme appauvrissement collectif. Pertinent pour les questions sur la formation, les métiers d’art, l’artisanat.
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Corps et technique : l’incorporation du geste technique (le métier qui rentre), la formation du corps par la pratique répétée. Dialogue avec Leroi-Gourhan sur la co-évolution geste/intelligence.
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Inscription dans la durée : l’objet technique bien fait résiste au temps, il est un “bien commun” dans le sens d’Arendt (durabilité du monde humain). S’oppose à l’obsolescence programmée.
Sujets-types mobilisables :
- “La technique peut-elle être une éthique ?”
- “Qu’est-ce que savoir faire ?”
- “La main” / “Le geste technique”
- “Technique et transmission”
- “Y a-t-il un art de l’artisanat ?”
- “La technique sépare-t-elle ou relie-t-elle ?”
Croisements pertinents avec le design : Lochmann interroge la frontière entre conception et réalisation, entre l’architecte qui dessine et l’ouvrier qui bâtit. Son “art du trait” (géométrie du charpentier) est un exemple concret de pensée par le dessin appliquée à l’acte constructif - proche des enjeux du design de production.
Filiations et débats
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Hérite de :
- Richard Sennett (Ce que sait la main, 2008) - réhabilitation philosophique de l’artisanat, l’atelier comme modèle
- Matthew B. Crawford (Eloge du carburateur, 2009) - philosophe mécanicien américain, même démarche biographique et argumentative
- Leroi-Gourhan (Le Geste et la Parole, 1964) - co-évolution geste/intelligence, libération de la main par la bipédie
- Hannah Arendt (Condition de l’homme moderne, 1958) - durabilité du monde humain, distinction travail/oeuvre
- Bernard Stiegler - prolétarisation comme perte de savoir-faire, menace sur le bien commun cognitif
- Zygmunt Bauman - en réponse à sa “vie liquide”
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Dialogue avec :
- Gilbert Simondon - le geste technique comme opération d’individuation ; la technique n’est pas réductible à ses usages
- Bernard Stiegler - partage la thèse de la prolétarisation, mais Lochmann propose une réponse pratique (réapprendre) là où Stiegler reste dans le diagnostic critique
- Pierre-Damien Huyghe - pensée du travail et de la technique comme éthique du faire
- Ivan Illich - l’outil convivial, contre la dépossession technique ; mais Lochmann ne partage pas le radicalisme anti-institutionnel d’Illich
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Rupture avec :
- La tradition dualiste qui sépare conception et exécution, intellect et corps (de Platon à l’organisation tayloriste du travail)
- Le mythe de la disruption et de l’innovation permanente : l’artisanat valorise la répétition, la transmission, le temps long contre l’impératif de nouveauté
- La philosophie contemplative de la technique (pure critique externe) : Lochmann pense depuis le dedans du geste, non depuis l’extérieur
Liens
- Gilbert Simondon - dialogue sur l’individuation technique et le mode d’existence des objets
- Bernard Stiegler - partage la thèse de la prolétarisation des savoir-faire
- Martin Heidegger - arraisonnement comme arrière-plan critique que Lochmann déplace par la pratique
- Ivan Illich - convergence sur l’outil convivial et la dépossession technique
- Pierre-Damien Huyghe - éthique du faire, travail et technique
- Anthony Masure - tous deux pensent la technique comme mode de connaissance et d’engagement
- La technique - thème central
- Critique technologique - Lochmann appartient au courant de réhabilitation de l’artisanat, en dialogue mais en décalage avec la critique radicale