Document officiel : SUJET AGREGATION 2026 INCITATION B.pdf (présent dans ce dossier). Transcription dans incitation-b-retranscription.md.
Note sur l’énoncé : le PDF scanné ne contient pas de consignes textuelles explicites au-delà de la présentation des deux objets. L’incitation B fonctionne par la mise en regard de deux références visuelles et matérielles, à partir desquelles le candidat formule des hypothèses de projet. Les consignes de l’épreuve (format, attendus) sont rappelées en page 1 du PDF.
Rappel du cadre de l’épreuve
Phase B (2×8h, en loge). Le candidat propose des hypothèses de projet en design et métiers d’art à partir d’une « situation imposée et de consignes précises », en lien avec la note de synthèse remise le premier jour (phase A).
La note de synthèse n’est pas notée. Le jury en dispose pendant les corrections et l’entretien (phase C).
Les deux objets de l’incitation B
Objet 1 — Radiateur Entropie (2020)
Auteurs : Nicolas Pinon (laqueur d’art) et Dimitry Hlinka (designer).
Prix : Prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la Main, catégorie Dialogue, 2020.
Description : radiateur-sculpture composé de tubes continus à surface ondulante et réfléchissante. Entropie II est une version développée avec réseau de circulation interne apparent.
Matériaux et techniques : résine de soja biodégradable, laque végétale japonaise thermosensible (noire → rouge à la chaleur), impression 3D, électronique intégrée. Nomade, détaché du mur, adaptable à différentes morphologies.
Intention : rendre la chaleur visible. L’objet technique devient présence sensible — la température devient image, le chauffage sort de l’invisibilité. Le nom renvoie au concept thermodynamique : circulation, transformation, dissipation.
Enjeux : hybridation artisanat/technologie numérique, éco-conception, design expérientiel, visibilité des infrastructures énergétiques, dialogue savoir-faire traditionnel (laque japonaise) / fabrication numérique.
Objet 2 — Satellite japonais en bois LignoSat (2025)
Porteurs : Université de Kyoto et Sumitomo Forestry.
Description : nanosatellite de type CubeSat en bois (panneaux en magnolia). Lancé en 2024, large médiatisation en 2025.
Intention : tester le bois comme matériau spatial. Le bois brûle plus proprement lors de la rentrée atmosphérique (moins de particules métalliques), constitue une ressource renouvelable, réduit les débris spatiaux.
Enjeux : décalage matériel inattendu (matériau traditionnel dans un contexte de haute technologie), miniaturisation extrême (tient dans la main), anticipation de la fin de vie dès la conception, soutenabilité des infrastructures technologiques.
Ce que les deux objets partagent
Lu depuis l’incitation A (Baudrillard / Lecoq) :
- Tous deux mobilisent des matériaux traditionnels ou biosourcés dans des contextes technologiques inattendus (laque japonaise sur radiateur électronique, bois dans l’espace).
- Tous deux rendent visible ou sensible ce qui est ordinairement caché : la chaleur, les débris spatiaux, la fin de vie des objets.
- Tous deux incarnent un geste dēmiourgique contemporain : technique mise au service d’une relation au monde, à la matière, à la durée — contra la « main abstraite » du design fonctionnel désaffecté.
- Tous deux posent la question du décalage matériel : que fait-on quand on substitue un matériau vivant à un matériau industriel dans un système technique ?
Lecture faite en loge (d’après les planches)
Margaux a lu les deux objets sur l’axe temps de la matière (axe 3 de la note de synthèse) :
- Temps grec du cosmos (cyclique, ordonné) vs trajectoire linéaire et finie de l’anthropocène.
- Question centrale : quel rôle pour le designer si les ressources s’usent et la fin de vie doit être anticipée ?
- Extension vers le design d’espace : références à Philippe Rahm (architecture météorologique), Collectif etc (Les Monumentales), Landauer (« faire du nouveau sans inventer quoi que ce soit de neuf »).
Le pivot vers le terrain démolition architecturale (planche 4) s’opère depuis ces deux objets : la démolition comme cas extrême de la question du « faire avec le déjà-là » et de l’anticipation de la fin de vie à l’échelle du bâti.