Agrégation externe Design et Métiers d’Art — session 2026. Épreuve d’admission, coef. 6.
Structure de l’épreuve
L’épreuve se déroule en trois phases enchaînées.
Phase A — Recherches libres (5 jours avant la loge) Le candidat prend connaissance du sujet (incitation A) cinq jours calendaires avant l’entrée en loge. Il conduit des recherches libres et rédige une note de synthèse de 3 000 signes maximum, accompagnée d’un sommaire, d’une bibliographie et d’une sitographie. La note est remise au jury avant l’entrée en salle le premier jour de loge.
Phase B — Hypothèses de projet (2 × 8h en loge) En loge, le candidat reçoit une incitation B (situation imposée, consignes précises). Il propose des hypothèses de projet en design et métiers d’art en lien avec les réflexions engagées en phase A. Producion de planches A3 (8 maximum). La note de synthèse n’est pas notée — le jury en dispose pendant les corrections et l’entretien.
Phase C — Oral (40 min)
- 15 min maximum : présentation orale par le candidat
- 25 min maximum : entretien avec le jury
Ce que le jury attend de l’épreuve RHP
D’après les rapports de jury 2022-2025 :
- Posture critique et capacité à formuler une démarche personnelle
- Engagement dans la recherche : les errements sont acceptés si le cheminement est lisible
- Connexions et effets de rupture : souscriptions et mises en doute doivent dialoguer
- Maîtrise des langages graphiques au service d’une réflexion créative, pas d’illustrations d’un discours
- Que le candidat saisisse et expose sa démarche comme les chemins qu’un pédagogue peut dessiner pour ceux qu’il accompagne
- Plasticité intellectuelle, culture en éveil, ouverture d’esprit
Profil du jury et orientation des questions
Le jury est composé en majorité de professionnels (designers, architectes, enseignants en école d’art et de design) et de membres du corps d’inspection. Les questions portent prioritairement sur la dimension concrète, formelle et organisationnelle du projet : faisabilité, partis pris formels, choix de dispositif, logique de médiation, cohérence entre intention et forme produite.
La dimension philosophique (Baudrillard, Lecoq, Aristote…) est un fond attendu, pas un objet de discussion en soi. Le jury n’est pas un jury de philosophie : il valorise que le socle théorique ait nourri des décisions de projet lisibles dans les planches. Une réponse solide articule toujours l’argument philosophique à une décision concrète (pourquoi deux conteneurs ? pourquoi l’itinérance ? pourquoi 27 pays ?).
Orientation pratique pour la préparation : anticiper les questions de type « pourquoi ce choix formel ? », « comment fonctionne le dispositif concrètement ? », « qui sont vos interlocuteurs réels sur le terrain ? », « qu’est-ce qui distingue ce projet d’un projet d’architecte ou d’un projet de communication ? ». La philosophie sert de réponse de fond, pas d’entrée de réponse.
Erreurs à éviter (issues des rapports de jury, épreuve pensée par le dessin / RHP) :
- Texte prédominant sur le dessin
- Planches formatées, recettes prêtes à l’emploi
- Regard trop littéral sur le corpus, sans questionnement dialectique
- Références plaquées sans intégration à la réflexion
- Absence d’enjeux philosophiques
Contexte de la session 2026
Programmes écrits (admissibilité) :
- Philosophie : La technique
- HDAT 1 : Le spectacle de la marchandise, 1850-1937
- HDAT 2 : Artisans, designers, architectes : quel engagement dans la société ?
Incitation A 2026 : mise en regard de Baudrillard (Le système des objets, 1968) et Lecoq (Le bouclier d’Achille, 2010). Voir les textes sources.
Incitation B 2026 : radiateur Entropie (Pinon & Hlinka, Prix Bettencourt 2020) et satellite LignoSat (Université de Kyoto, 2025). Voir la fiche incitation B.
Repères statistiques
Session 2025 : 96 candidats en philosophie, moyenne 8,92 / moyenne admissibles 11,30. 93 candidats en HDAT, moyenne 8,27 / moyenne admissibles 12,55. Profil attendu : copies singulières, références maîtrisées en première personne, dialogue philosophie-design.
Mise en forme de la note de synthèse — le livret et ses deux figures
La note de synthèse a été présentée sous forme de livret. Deux figures encadrent le propos en deuxième et troisième de couverture, construisant une résonance visuelle intentionnelle.
Figure 1 (2e de couverture) — Le bouclier d’Achille Représentation circulaire du cosmos grec tel qu’Héphaïstos le forge pour Achille dans l’Iliade : ciel, terre, mer, villes en paix et en guerre, travaux des champs, vendanges, troupeaux — le monde entier inscrit dans un objet. La circularité est celle d’un ordre cyclique supposé pérenne, d’un équilibre cosmique que le dēmiourgós connaît et reproduit. Cette figure ouvre le livret sur la problématique Lecoq.
Figure 2 (3e de couverture) — Diagramme des limites planétaires, version SOC Représentation proposée par la SOC (Société d’Objets Cartographiques, s-o-c.fr), studio d’art et sciences dont les travaux portent sur de nouvelles formes de cartographie face à l’Anthropocène (Terra Forma, Anthropocène, Où Atterrir ?). La SOC réinvestit le diagramme des limites planétaires de Rockström et al. (Stockholm Resilience Centre, 2009, mis à jour 2023) : la Terre au centre, neuf sections en quartiers représentant les neuf processus critiques du système Terre (changement climatique, érosion de la biodiversité, cycles biogéochimiques, acidification des océans, utilisation des terres, eau douce, aérosols, ozone, nouvelles entités). Sept des neuf limites ont été franchies en 2023. La représentation est courante — ce que la SOC y apporte est une dimension plastique et une insertion dans un récit visuel orienté vers l’enquête collective plutôt que vers la seule mesure scientifique.
La résonance entre les deux figures Les deux diagrammes partagent la même structure circulaire et la même logique de « monde fini » — mais ils n’expriment pas la même finitude. Le bouclier d’Achille représente un cosmos cyclique, ordonné, où tout a sa place et son retour ; les limites planétaires représentent un seuil irréversible, une trajectoire qui se ferme. La circularité du premier est celle de l’ordre cosmique ; celle du second est celle d’un bord à ne pas franchir. Ce dialogue visuel ancre l’argument de la note : le dēmiourgós antique opère dans un cosmos supposé pérenne ; le designer contemporain doit opérer dans un monde dont les ressources sont limitées et dont la dégradation est en partie irréversible. Ce n’est pas la même temporalité, ce n’est pas le même régime de fabrication.
Lien avec les planches La planche 2 travaille explicitement ce dialogue : elle met en regard le temps grec du cosmos (cyclique, ordonné) et la trajectoire linéaire et finie de l’anthropocène, en posant la question du rôle du designer face à un monde dont les ressources s’usent. La planche 3 prolonge vers les objets B : le radiateur Entropie (nom thermodynamique, matériaux biosourcés, fin de vie anticipée) et le satellite LignoSat (bois dans l’espace pour réduire les débris métalliques) sont lus comme des tentatives de réponse à cette contrainte de finitude — imparfaites, mais orientées.