Oral de projet
Recherches et hypothèses de projet
Oral de projet
15 minutes.
Prompt
Description du contenu des planches dessinées durant la partie de l’épreuve en loge (2 fois 8 heures sur site). Le maximum de planches A3 autorisé était de 8 planches. J’ai réalisé 7 planches : 2 planches d’analyse, 2 planches où l’analyse s’étend vers un nouveau territoire de projet (le design d’espace, le design de politiques publiques, la médiation architecturale) pour aboutir au pitch du projet proposé, 3 planches de réflexions formelles et programmatiques sur le projet, d’établissement d’hypothèses.
Planche 1 : elle établit de premiers liens entre les 4 documents proposés en incitation A et B. Représentation des concepts forts de chaque document : la main invisible comme résultat de la production moderne d’objets en série explicitée par Baudrillard dans Le Système des objets ; Le bouclier d’Achille d’Héphaistos, symbole du cosmos grec, d’un ordre harmonieux où chaque chose a sa place, et où le démiurge, l’illustre artisan, l’auteur s’insère dans la société, n’est pas seul devant son établis ; le radiateur Entropie qui change d’état, de couleur, de température dans le temps ; le satellite japonais en bois qui concentre la technologie et le savoir humain en lui, utilise le bois, matériel terrestre, pour aller conquérir l’espace, étudier de nouveaux territoires. La planche est organisée en cercle, chaque représentation des documents est positionnée sur un tronçon du cercle. Au cœur du cercle des notions sont tirées entre les documents pour mettre en avant des liens sous forme de mots-clés répartis en constellation : “abstraction formelle”, “décalage matériel”, “standardisation moderne”, “savoir-faire traditionnels”, etc.
Planche 2 : l’analyse se poursuit autour de la notion de temps de la matière (en référence à la dernière partie de la note de synthèse). Représentation du temps grec du cosmos, cyclique, ordonnée, harmonieux, et de la trajectoire linéaire et finie de l’anthropocène. Quel est le rôle du designer et de l’artisan si l’on prend en compte les nouvelles contraintes d’un monde dont les ressources s’usent, et où il faut anticiper la fin de vie de nos objets ? Peut-on encore se permettre d’innover ? Suffit-il d’utiliser des savoir-faire traditionnels pour créer un monde résilient et habitable ? Dessin de la figure du designer comme celui qui, au-delà de créer de la forme, s’insère dans des enjeux sociétaux et environnementaux. Dessins schématiques sous formes de scénettes avec des grouillots des bons ingrédients d’un projet de design à l’ère de l’anthropocène : faire avec les usagers / les habitants (contre la main invisible), faire avec le déjà-là (ce qui est déjà produit, fabriqué), etc.
Planche 3 : analyse détaillée des objets de l’incitation B. D’une part le radiateur qui utilise des matériaux comme le chanvre et le soja, et de la laque thermosensible japonaise pour recouvrir la structure. La laque permet au radiateur de changer de couleur, passant du noir au rouge quand il chauffe. Le radiateur se détache du mur, devient nomade, le circuit de chaleur est réinterprété dans une forme épurée. Le radiateur ne fait plus partie de la structure d’un bâtiment, mais peut être déplacé d’espace en espace, et s’adapter à différentes morphologies de pièces. Son nom, Entropie , évoque ce qui se dégrade dans le temps. Il utilise néanmoins l’électricité et peut présenter un risque de sur-consommation, pour une efficacité limitée (chaleur maximum possible versus espace à chauffer). D’autre part, le satellite japonais est réalisé en bois pour anticiper la fin de vie du dispositif dans l’espace, aujourd’hui pollué de métal avec la conquête spatiale. Le satellite est de petite taille et tient presque dans le creux de la main, on miniature le savoir humain dans les cartes mères que l’on dispose à l’intérieur et qui permettent de récolter les informations dans l’espace retransmise aux antennes terrestres. On crée un décalage matériel en utilisant du bois au lieu du métal. Il y a un inattendu formel, comme le radiateur, on bouscule des codes par l’emploi de matériaux traditionnels, bruts, peu transformés. Est-ce que cela suffit-il néanmoins à faire de notre monde un espace habitable ? Si l’on étend l’analyse formelle de ces objets au domaine du design d’espace et de l’architecture, on trouve des problématiques similaires dans les projets contemporains. Ici sont dessinées des références : Philippe Rahm et l’architecture météorologique (l’exemple du Jade Eco Park de Taiwan), Les Monumentales du collectif etc qui réutilise les bordures de trottoirs parisiennes pour créer des meubles géants pour la convivialité, Paul Landauer qui dit qu’il faut “faire du nouveau sans inventer quoi que ce soit de neuf” dans son livre Post-démolition …
Planche 4 : Décalage vers la notion de démolition architecturale. Qu’est-ce que la démolition architecturale, notamment en France ? Héritage du patrimoine moderne, aujourd’hui considéré comme dysfonctionnel, faut-il pour autant détruire alors que cela représente un coût social et environnemental important ? Des démarches récentes tentent de valoriser le faire avec, exemple du concours international Quartiers de Demain lancé en 2025 par le Président de la République française. Dessins de chiffres clés : en Europe un bâtiment est détruit toutes les minutes, c’est plus de 150 000 000 000 de m2 qui seront détruits d’ici 2030 soit l’équivalent d’Athènes, Paris, Bucarest et Berlin, l’industrie du BTP est la plus émettrice de déchets et de CO2.. Parfois ces démolitions sont décidées avec l’avis d’un petit nombre de personnes, où par une main politique. Aujourd’hui tout un champ professionnel du design se construit autour de cette question de la gestion de notre héritage bâti, en faisant le lien avec les habitants, les architectes, les collectivités. C’est le cas du design des politiques publiques et de l’assistance à maîtrise d’usage (Vraiment Vraiment, La 27ème Région). Le pitch du projet est ainsi : proposer une médiation itinérante pour valoriser les actions de réhabilitation et soigner le traumatisme de la démolition, afin d’inciter au faire avec à travers un large territoire.
Planche 5 : Les principes du projet. Une itinérance à travers les 27 pays membres de l’Union européenne. À qui s’adresse cette médiation ? À des professionnels de la l’architecture, aux collectivités locales et aux habitants touchés par des programmes de rénovation urbaine de grande ampleur. L’objectif est de créer des ponts entre les différentes situations étudiées, c’est une recherche-action. Je me situe comme la designer qui dessiner les dispositifs de médiation. Il y a une équipe noyau composée de 4 personnes : 2 conducteurs, 1 médiateur (journaliste ou chercheur, selon les étapes et périodes de la médiation), 1 concepteur (architecte ou designer, selon les étapes et périodes de la médiation). Le dispositif est animé sur place avec des partenaires locaux (écoles d’architecture, musées, institutions locales liées à l’urbanisme et l’architecture). À quoi ressemble cette médiation ? Détournement d’un objet standardisé, industriel (souvent lié aux industries les plus polluantes) : le conteneur. Il permet d’être facilement déplacé, et peut faire office d’objet de communication au fur à mesure du parcours sur les routes. On utilise 2 conteneurs standard de 15m2 chacun. Ils sont répartis le long d’une itinérance au sein des capitales européennes. Pourquoi 2 conteneurs ? La médiation propose un double principe : d’un côté on interroge l’absence, la démolition, de l’autre on interroge la présence, la réhabilitation. À chaque conteneur correspond une programmation propre et des outils, des événements, des ateliers. Comment sont répartis et où sont installés ces conteneurs ? Dessins de plusieurs propositions : soit ils se suivent dans les mêmes villes et sont disposés côte-à-côte, soit ils sont à deux endroits clés dans une même ville (un site en chantier, un programme récent de réhabilitation), soient ils sont séparés dans différentes villes ou pays et ne se réunissent que ponctuellement durant le trajet, soit ils sont implantés dans des centre-villes habités pour toucher un plus grand public, soit ils sont au coeur d’un chantier où la parole locale peut être récoltée, etc. Quelles sont les références ? L’exemple du Mumo Frac de matali crasset. Quels seraient les partenaires de la démarche ? Description de l’initiative citoyenne HouseEurope! qui cherche à développer son réseau et ses recherches dans les 27 pays de l’UE afin de faire voter par 1 million de personnes sa proposition de loi en faveur de la réhabilitation pour la transmettre au parlement européen. En 2026 ils ont subi un échec avec 83 000 signataires, principalement des professionnels, le but est donc d’étendre la démarche.
Planche 6 : programmation et usages des conteneurs. Le conteneur sur la démolition accueille un dispositif de radio qui permet de récolter des témoignages. Une exposition sur les enjeux de la démolition (environnementaux et sociaux), et aussi son historique est proposée. On dispose également de l’espace central pour accueillir des temps de discussion. Un mur récolte aussi des photos et cartes postales des lieux traversés, ce mur collectif est complété au fur et à mesure de l’itinérance, pour faire dialoguer les habitants des différents pays entre eux, s’interpeller collectivement, s’interroger, partager le traumatisme. Le conteneur sur la réhabilitation propose un grand espace de débat et de rencontre pour discuter d’exemples de programmes de réhabilitation étudiés au sein des différents pays traversés. Des livrets sont établis à la suite de visites collectives de lieux réhabilités. Une exposition est aussi disposée au sein du conteneur sur les solutions techniques propres à la réhabilitation possibles pour acculturer les collectivités locales et professionnels du secteur (matériaux innovants, évolution des normes à travers les différents pays). Un espace de stockage pour du mobilier d’atelier et des chaises extérieures est également aménagé. Ainsi qu’un espace ressource composé d’une bibliothèque et d’un lien vers la pétition en ligne. L’objectif est de récolter les bonnes pratiques à travers l’Europe et les échanger. Enfin, quand les conteneurs sont réunis, ils se positionnent face à face et créent un espace intermédiaire de discussion sur l’espace public, ombragé grâce à une tonnelle. On peut y tenir des temps conviviaux et festifs, des projections en plein air (notamment des documentaires réalisés par HouseEurope!), des débats et conférences.
Planche 7 : grand dessin sur l’ensemble du A3 de ce à quoi pourrait ressembler le dispositif inséré sur une place publique. On y voit les deux conteneurs ouverts et se faisant face, reliés par une tenture pour créer de l’ombre. Des gens discutent, assis sur des tabourets et des transats, un médiateur propose une explication autour de l’exposition d’un conteneur, un passant prend de la documentation disposée sur un porte revue installé devant l’un des conteneurs.