Lundi 5 janvier - 13h30 à l’ENSCI Claire Brunet
La technique comme dispositif Gestell moderne : puise, exige, demande plus que ce que la nature serait à même de produire. Pensée de l’extractivisme . La technique comme arraisonnement = la technique comme overdose, overdose de production.
Simone Weil,la technique comme lieu du malheur. Arendt : travail de nos corps, engagement physique, de l’agent (Aristote) cause motrice, écho à Alex Alievitch (expérience du désastre). La technique comme accident (essence de la technique, Virilio et Freud, l’accident est inhérent à la technique) ou l’accident technique (moment isolé, cause accident extérieure à la technique). Alex Alievitch : contact de Tchernobyl et des retombées du nuage nucléaire. Rousseau et le malheur avec la technique : contrairement au bonheur que la technique est censée représentée dans la fâble prométhéenne dans l’augmentation de nos capacités, chez Rousseau elle est aliénante. On a, pour Arendt et Weil une vision existentiel sur la technique. Weil, La Condition ouvrière et Journal d’usine : un anéantissement de l’âme. Jacques Juliard, commentateur et ancien journaliste, écrit à propos de Weil : “son inflexible volonté de mettre en adéquation sa vie avec sa pensée”. Weil pense la technique, en pensant une série qui parle surtout de la machine dans l’usine, autrement dit la technique dans la production industrielle, à partir de son expérience à elle qui, pour comprendre ce processus, quitte l’enseignement de la philosophie pour travailler à l’usine. Ce n’est pas une théorie générale de la technique mais “étant en usine et confondue au yeux de tous dans l’anonyme, le malheur est entré dans ma chair” / “possibilité de survivre à ces fatigues”. Plongée personnelle au coeur du dispositif technique qu’elle tire une pensée moderne de la machine, de l’industrie. Miroir à S. Gieidion sur la genèse de la chaîne industrielle. Prolonge les théories de Marx, sur le travail, le sujet social. Weil va jusqu’à analyser les effets de l’industrialisation sur ce qu’elle appelle l’âme. Les techniques particulières et la technique, les techniques simples et la technique raisonnée… Proche de De Gaulle résistance à Londres, mouvement établissement 68, normalienne, anoréxique notoire, quitte enseignement de la philosophie pour participer à la vie prolétaire. Va à l’usine en imaginant qu’elle peut transmettre la culture aux ouvriers mais déchante très vite. Weil raconte l’impossibilité de la pensée et de l’enseignement dans le cadre de l’usine. Usine lieu de mortification des corps et des âmes. Il n’est pas question pour Weil (thème engagement), d’imposer de l’extérieur un savoir mais d’incarner l’engagement. Est-ce que c’est une obligation pour le designer de s’engager dans la chaîne de production (aujourd’hui) ? Ce que faisait William Morris. Bast agence d’architecture toulousaine à regarder, dessine leur projet. Weil, Alstom puis Renault. S’exposer à la déchéance sociale de ce que représente la condition ouvrière. Lettre de Weil à l’éducation nationale pour quitter l’enseignement : sur la technique moderne, qui produit une organisation sociale et une culture. Loin de tirer de cette expérience de l’usine de quoi rédiger une thèse de philosophie sur la culture industrielle, elle découvre le malheur et le genre qui se substitue à la thèse de philosophie, le témoignage. Rien dans l’usine ne respecte le rythme humain (point de divergence massif entre les techniques simples et le travail de l’ouvrier). Façon de revoir la partition entre nature et technique ou la proximité entre nature et technique (rythme des saisons scandent la production technique, ou extériorité massive). Le temps de l’usine c’est la cadence, la déposession subjective du temps qui mécanise tout, l’ouvrier est réduit à une exécution pure. Destruction de l’âme, fatigue. Le fonctionnement technique, machinique et mécanique de l’usine, est à ce point hétérogène à ce qui fait une vie humaine que les ouvriers deviennent des choses et par conséquent acéphale, càd ils perdent toute conscience. Rien ne présuppose la révolte dans la condition ouvrière. Va dans ce sens à l’encontre de Marx qui pense que cette douleur est la naissance d’une révolte, l’état de fatigue est tel que la révolte n’est plus possible. Weil est formé, comme Arendt mais plus tôt, à la philosophie grecque antique, soit elle pense la condition ouvrière comme un esclavage. Elle milite pour une modifcation des machines, elle n’est pas anti technique mais anti une certaine disposition de la technique dans l’usine capitaliste. Elle est à la fois proche et éloignée de Marx. Marx ne conteste pas la production indsutrielle. Ce ne sont pas des positions anti-techniques, Marx pense que le propblème majeur est l’aliénation du prolétariat parce que le capitaliste lui soustrait la plus value, accaparation des moyens de production par une classe. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui la financiarisation de l’économie. Marx dit désalièner le prolétariat c’est lui restituer la plus value et pour ça il faut que les prolétaires soient les propriétaires des moyens de production. Film sur les expériences Liep (?), producteur de montres à Besançon, période de désindustrialisation de la France années 90, reprise de pouvoir d’un collectif pour sauver l’outil de travail, la première des scoop. Pour se désaliener il faut avoir la propriété de la production. Ce n’est pas la perspective de Weil, qui pense que même si les ouvriers sont propriétaires, si les moyens de production sont toujours sur le mode de fonctionnement de la taylorisation, ça ne peut pas fonctionner. Marx s’attaque à la gouvernance, à l’organisation économique, Weil, aux moyens de production eux-mêmes. Weil “argent - machine - bureaucratie : les 3 monstres modernes” : analogie, fonctionnement identique entre le machinisme, l’argent (lignée marxiste, profit, plus value) et la bureaucratie (fonctionnement acéphale). Weil propose une critique de la modernité. Modernité fondée sur la pleine intelligence de la technique, qu’il faut rendre à l’ouvrier. Ouvrier ne doit pas être esclave mais comprendre finement le processus technique. Problème n’est pas la technique mais la disposition dans laquelle elle nous met. Ce qui est dégradant ce n’est pas la technique mais la division du travail. “Ce fut une rencontre avec le malheur, qui nous fait passer au-delà de l’indignation.” Catherine Millot (psychanalyste) qui commente Weil, confère à la technique une valeur de traumastisme . Traumatisme : choc qui nous met au delà du language, donc de la vie humaine. C.M. “elle (condition ouvrière) creusa le déchirement de la passivité, jusqu’à l’anéantissement de soi.” On a ici une radicalisation du propos sur la technique : Platon (capacité mémoriel), Rousseau (passivité au lieu de l’expression du corps), Weil (dépossession radicale). Déposession de la subjectivité même, “un écrasement de mon être”. “Sentiment de ma dignité, le sentiment de moi-même ont été en deux trois semaines radicalement brisé” : point de vue moral (dignité), de manière assumée, depuis l’expérience subjective, un point de vue moral sur la technique, point de vue existentielle d’après ce qu’elle a vécu. Heidegger : le boulot, la ligne de son possible, l’usine hydroélectrique… H. ne condamne pas la technique, d’autant moins qu’il en fait un mode de dévoilement de l’être, c’est une veine ontologique. H. qu’est-ce qe la technique révèle de l’être ? Pris dans le mouvement de la modernité. Ontologie c’est pas ça produit trop de bagnoles etc (ça c’est des étangs chez H.), ontologie c’est ce qui se rapporte à l’être. Quels autres auteurs vus ont un point de vue moral à la technique ? Rousseau, dans Discours sur l’origine de l’inégalité entre les hommes, technique est un moyen de la domination sur la société, est-ce que c’est moral ou politique ? Dans Rousseau on est peut être plus du côté politique. Moral aristotelicienne : ni trop ni trop peu. Élément qui touche à la moral dans le cours vu c’est la mètis question de la ruse, moral car introduit la question de l’entourloupe, du mensonge (mauvais chevaux d’Archiloque). Perspective Weil profondément morale mais au sens où les deux termes qui appelle la morale sont dignité et respect (pas théorie bien & mal). La morale = consistence d’une vie humaine qui permet ce que Weil appelle “les états d’âme”. “Le malheur n’est pas un état d’âme. C’est une pulvérisation de l’âme par la brutalité mécanique des circonstances”. On ne peut plus avoir d’état d’âme parce que mon âme est broyée. On peut dire la même chose de la guerre, à part que la guerre on défend quelque chose, la dignité de son peuple, il y a un objectif. “Le malheur est avant tout anonyme, prive de personnalité, fait des choses, froid mécanique… Ils ne croiront plus jamais qu’ils sont quelqu’un.” (thème engagement : Weil ne se limite pas un engagement sociétal, mais physique). Déraciment = dépersonnalisation (psychanalyse). Lettre à son élève à qui elle déconseille l’expérience de l’usine , “je ne suis pas enchaînée à cette existence”, Weil tient 18 mois en usine mais elle sait qu’elle peut retourner à l’éducation nationale. “Femme / homme”, homme plus capable de subir la cadence même si ça va se perdre avec la rationnalisation de l’usine. Salaire à la pièce donc homme priviligié. Femmes se font avaler dans le système. “Machinal : ne croyait pas qu’on puisse rêver à autre chose en le faisant ou à penser à autre chose” : anéantissement du rêve ? Le travail est trop machinal pour penser mais est trop machinal pour penser à autre chose, on ne peut juste pas penser. “Penser c’est aller moins vite, hors il y a des normes de vitesse imposées par des bureaucrates impitoyables pour être payés…” / “surbordination perpétuelle insupportable” : organisation de l’usine comme parc de machines qui doit être rentable. “Condition ouvrière est une pure soumission à la force”. Weil c’est un exemple de l’engagement mais aussi une démonstration des limites de l’engagement. Weil publie en 1941, L’iliade, le poème de la force “la force c’est ce qui fait de quiconque lui est soumit une chose”. La force c’est le pouvoir de transformer l’homme en chose. Pensée et histoire philosophique de la force. Ceux qui avait rêver que la force grâce au progrès appartenait au passé. La supplication de Priam, le vieux roi de Troie, qui vient de perdre son fils Hector, qui lui même avait combattu Achille (le bouillant Achille) figure de la colère, Priam va voir Achille pour la dépouille de son fils. Troie : moment du malheur absolu. Weil dit que c’est d’actualité de lire l’Iliade en 41, c’est le devenir de la force. La technique est devenue une force càd le moyen de chosifier, dans un premier temps les ouvriers, et puis tout à chacun soit le consommateur (Addorno, école de Francfort). Il faut distinguer ceux qui dispose de la machine et ceux dont dispose la machine. C’est la nature même de la production industrielle qui fait malheur. Weil dit que Marx a expliqué comment l’ouvrier devient lui même un rouage mécanique de la grande industrie. Morale, politique, esthétique, positionnement unique de la dissertation. Une religion des forces productives chez Marx. Weil cite Spinoza (philosophe post carthésien XVIIe s. L’éthique) → cf. cours. Définition de la technique (pas imaginaire très important sur ce cours sur Weil), en tant que la technique limite la contingence qui rend la vie humaine vivable.
Atelier / dissertation : Y-a-t-il une promesse de la technique ? Pourquoi il n’y en a pas chez Weil ? Si on considère la promesse comme une possibilité de futur, chez Weil, dans la technique au sens de la condition ouvrière il n’y en pas. Il n’y a pas d’utopie car pas de rêve chez Weil. “Méthodologie” : y-a-t-il une promesse de la technique ? appelle une réponse, c’est oui ou c’est non. Réponse fondée : corps de la dissertation = démonstration. Introduction doit passer de la question au problème ! Saisir l’enjeu, les enjeux. Promesse : évangile, blabla pourquoi le rapprocher de la technique : arrangement de moyens en vue d’une fin, à la fin, la finalité, Heidegger, et hop ça s’enchaîne. Le problème c’est à nous de le construire. Pas obligé d’avoir 3 parties, pas obligé d’en faire. Introduction : donner une brève définition de ce qu’est la technique, qui va évoluer dans les parties ! Faire le lien promesse / technique pour chaque auteur vu = Rousse la promesse est une fausse promesse de la liberté, promesse du village, etc. Est-ce qu’il y a une promesse inhérente à la technique ou est-ce que c’est un terme à côté en plus. Il faut aussi chercher un 3ème terme : la promesse et la technique et la temporalité. ((((situé)))) 3ème thème amené ici = progrès. Rentrer dans le sujet par l’actualité quand c’est possible. Promesse de la technique : qu’est-ce qu’on nous vend ? c’est du marketing. Benjamin et Mickey Mouse, dans folio CB / CG. / Oui - non / Pourquoi jury tu me poses cette question ? c’est pas tellement la technique en elle même mais l’organisation sociale, économique, politique de la technique qui pose question (exemple Pluribus).