Jeudi 5 février - 10h30 en visio Claire Brunet
Yvonnes Verdier, Façon de dire façon de faire, bilan restitution d’une enquête, ethnologue à Minot (village rural de la Bourgogne). France rurale du début des années 1970, cultures traditionnelles dans une société qui s’industrialise. Engagement en tant qu’ethnologue, en design Global Tools cultures traditionnelles du Sud de l’Italie, par opposition à la culture industrielle du Nord de l’Italie. Verdier dresse le portraits de figure, supports de “recettes de grand-mère”, Verdier présente et expose une culture quotidienne de l’objet non marchand, une culture quotidienne de pratiques domestiques. Façon de dire, façon de faire, est-ce que la technique est une façon de faire ? Présentation de cette frange de la technique, inframince (Duchamps), quotidienne, domestique, féminine, culture technique peut être culture des villageoises, gestes qui constituent la tessiture de leur vie. “La laveuse, la couturière, la cuisinière”, trois figures qui incarnent la technique comme façon de faire. Principe : ces façons de faire sont entrelacées dans des racontars, dans la manière dont elles parlent entre elles, bavardages du quotidien. Les techniques inframinces sont prises dans des discours. Elle pratique une “ethnologie de sauvetage”, disparition progressive de ces figures, la laveuse va être remplacée par la machine à laver. 68 à 75, on parle, on rit, on cause, en même temps qu’on fait. “Division sexuelle des tâches coutumières”, artisanat domestique. Verdier présente une culture matérielle dont elle voit l’image dans la peinture française de la fin du XVIIIème à la fin du XIXème siècle, elle cite Chardin, Courbet, Millet. Incarnation dans les romans du XIXème siècle.
Chardin, natures mortes. Millet : les glaneuses / reprise Agnès Varda Techniques du quotidien, identifiées par ces peintres. Mise en image des gestes de la vie quotidienne. “Prendre au mot ces gestes”, autour d’un moment “autour du cochon”, anti-Giedion, France rurale persiste un rapport rituel au vivant, à la tuerie du cochon (qu’on a élevé, à qui on a donné un nom, qui fait partie du quotidien, du cochon au singulier). Verdier évoque une veillée funèbre après qu’on ait tué le cochon. Point de résistance que la grande industrie avale le rituel, les gestes improductifs, Bataille “maudite”. Verdier remarque autour du moment du cochon dans le village (on le coupe, on le sel, etc), que ce qui marque les techniques du quotidien, c’est qu’elles sont cadrées par des règles anthropologiques, par exemple n’ont pas le droit de participer à la tuerie du cochon (femme avec ses règles, enceinte ou rousse), persiste les règles médievales dans les années 70. Au lieu de les juger comme des discriminations sexistes, il faut les entendre comme des interdits structurants. Ces rythmes biologiques des femmes introduisent la question de la durée et de la saisonnalité dans la pratique. Réintroduit ce à quoi la technique s’était détachée, le cosmos (depuis Descartes, Kant, Galilée). “Indisposer les femmes sont … souffle cosmique, marquées par des tempêtes intérieures”. La Lune, le soleil, les saisons… Dépasser la production. “Destin des femmes” dit Verdier, attribuer des rôles et des fonctions différentes. On ne pratique pas toutes les techniques à n’importe quel âge. Rites de passage. Ce qui permet de dire à Verdier dans sa conclusion, “ces femmes pratiques des arts domestiques civilisateurs”, ces femmes répondent à Prométhée, au texte dans lequel Platon dit “Prométhée a volé le feu mais n’a pas eu la diké en même temps”. Pratiques du quotidien sont structurées pour que l’ordre du village s’inscrive dedans, voilà la diké, la justice, ordonnancement de la vie à plusieurs. Ces arts domestiques civilisateurs permettent d’ordonner société et de vivre avec la nature en harmonie, d’agir leur propre destin. Structuration de la vie de chacune. La modernité, enquête au bord de la vie du village, au bord de l’implosion de la société de consommation, “y’a plus de saison”, une définition de la modernité. La modernité c’est qu’on décroche les pratiques techniques du souffle cosmique. Indifférence aux rythmes biologiques. Minos est un moment d’harmonie entre phusis et technè, la technè se règle sur la nature, l’artisanat c’est une technè qui ne tente pas d’aller au-delà de la phusis. La modernité se décroche du rythme des corps et des astres, définition de la technique moderne chez Yvonne Verdier. Elle comment “le corps de ces femmes s’affranchissent du hasard”, culture féminine du domestique “doigts brodeurs des jeunes filles, manches retroussées des vieilles femmes”. Les techniques féminines relèvent de ce que l’historien de l’art “art de l’absorbement”, livre La place du spectateur, ces figures de l’absorbement (La laitière etc, voir, choisir un tableau, autre que Laitière trop connu). Immersion de ces femmes dans des microtechniques.
Pour le design, les artisanats, l’architecture, l’engagement relève d’abord de ce sens géographique d’engagement “un bateau s’engage dans un détroit”, “être dans, aller quelque part”. Idée que l’engagement des modernes est une manière de prendre au sérieux, fondamentalement dans la société, fondamentalement d’emblée sociaux. Absorbement et théâtralité Mikael Friz, il y a dans les tableaux des personnages et dans le tableau il se demande si le personnage est immergé, ignorant du fait qu’on le regarde ou s’il nous fait de l’œil. Si l’écrivain est engagé métaphoriquement, l’architecte, le designer, l’artisan le sont réellement.
“souffle cosmique” préciser que c’est une expression de Verdier. Techniques domestiques, engagement qui se joue, on est quelque part.
Verdier figures de femmes x Claude Lévi-Strauss, livre Pensée sauvage, la figure du bricoleur, les femmes de Verdier sont des bricoleurs. Opposition figure de l’ingénieur, du côté de la technologie (calcul des effets techniques) / Le bricoleur, d’archiloque du tricot, intelligence rusée au service de la technique, détournement. Strauss “bricoleur avec ce qu’il a sous la main”, n’importe quel outil lui sert à fabriquer ce qu’il a à fabriquer. Ingénieur / bricoleur conception divergente de la technique. Bricoleur pas de cohérence entre moyens et fins, contrairement à l’ingénieur qui produit des machines dans une fin, logique du progrès. “ça peut toujours servir” ça c’est le bricoleur. “poésie surréaliste du bricoleur”, joue de la chaîne des hasards et des rencontres fortuites. C’est ici que le bricoleur rencontre l’artiste. Ce qui intéresse Strauss chez le bricoleur c’est ce qu’il partage avec l’artiste “dialogue entre les moyens d’exécution et la matière”.
Conclusion : 1 L’essentiel, Verdier, culture matérielle liée à la biologie des corps et saisonnalité des astres / 2 ces figures ont déjà été représentées par les figures de l’absorbement de Fritz / 3 Strauss figure du bricoleur dont il faut retenir “la figure de quelqu’un qui utilise ses mains avec une intelligence de la ruse, de la contingence et qu’à cet égard elle rencontre “la poésie du surréalisme”.
Dissertation : production et engendrement. Engendrement d’un étang (poiesis), et praxis, production autotélique (?), qui prouve en elle-même son existence, par exemple la danse.
Exercice L’art peut-il n’être pas technique ? Sous-entendu : l’art serait par définition technique, qu’est-ce qui autorise cette pensée ? Racine latine de l’art, qui s’associe à technè, raison étymologique, ars traduction du terme technique, activités artisanales et artistiques. Renaissance, cette étymologie qui noue de façon indissociable art et technique, surgit à la Renaissance, dans mouvement de légitimation, figure de l’artiste, artiste homme de la pensée opposé à artisan “homme des mains”. Vinci “la peinture est chose mentale”. Qu’est-ce qui laisse penser que l’art est technique ? Au-delà de la référence historique et étymologique.
Clair obscur du Caravage, on lui reproche d’utiliser le fond noir pour ne pas faire de perspective, ruse. Il invente néanmoins une technique picturale.
Le dripping de Pollock, une pratique du hasard qui devient une technique ou pas une technique ?
Exemple le jeté d’éponge : pourquoi c’est pas une technique (remonter au concept, Platon). Opposition phusis / techné, théorie des 4 causes, puis hasard. Le hasard c’est le geste sans cause finale. Le hasard / surréalistes, substituent le jeu à la technique, exemple du cadavre exquis, de l’écriture automatique, Henri Michaux les drogues.
Du côté de l’étymologie, l’art est technique, ensuite retournement dans la dissertation, dire que non. L’art est intimement une technique et la technique un art.
L’école des Beaux-Arts, grand prix de Rome, l’institution dans laquelle on transmet les techniques de la représentation du tableau européen tel que la Renaissance l’a défini.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pictorialisme
Exemple déconstruction technique : danse classique jusqu’à Pina Bausch. Débat chez les comédiens entre art de l’acteur de dégueuler en public ou la construction fine et subtile, répétable d’un personnage.
https://www.youtube.com/watch?v=cLZCbcO2_2I
Kant “génie”, quand il y a génie “l’art donne ses règles à la nature”, Aristote “l’art imite la nature”. La pensée des chefs-d’œuvre, c’est ce que travaille Kant dans son génie. Des gens qui font chefs-d’œuvre et les élèves qui copient les recettes. Des œuvres qui résistent à la reproduction. Moment de génie, quelque chose qui empêche la reproductibilité. L’art est le témoin de son temps, donc l’art aujourd’hui est technique. Tino Sehgal La dissertation : “petit musée de poche”. Des arts fondamentalement techniques : le cinéma, l’architecture technique. La dimension sublime de Kant. L’art relève-t-il de la maîtrise technique ? Egel “idée rendue sensible” Arendt “culture industry”, basculement de l’œuvre. Baudelaire : Corot “ce qui est fait n’est pas forcément fini et ce qui n’est pas fini n’est pas forcément fait”. https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Baudelaire_-_Curiosit%C3%A9s_esth%C3%A9tiques_1868.djvu/61