1 Le spectacle de la marchandise – 1850-1937 Programme d’agrégation 2025-2028 École normale supérieure de Paris-Saclay Catherine Geel 1• Textes Raymond Williams, « Mass, Masses and Mass Communication » (1958), Culture & Society, 1780-1950, Pelican, 1963, p. 316-321. Nikolaus Pevsner, High Victorian Design: A Study of the Exhibits of 1851, [1951], Kindle Edition, pp. 16-17. Walter Benjamin (1892-1940) « Paris, capitale du XIXe siècle » [1939], Édition électronique, mars 2003? Québec. Images Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, Réserve des livres rares, gallica.bnf.fr / (Steffen Haug, Benjamins Bilder. Grafik, Malerei und Fotografie in der Passagenarbeit © 2017 Brill Fink, Wollmarktstraße 115, D-33098 Paderborn, un Imprint du groupe Brill Livret– Le spectacle de la marchandise – Catherine Geel 2025-2028 2 Raymond Williams, « Mass, Masses and Mass Communication » (1958), in Culture & Society, 1780-1950, Pelican, 1963, p. 316-321. Trad. et commenté in Catherine Geel, Les grands textes commentés du design, Paris, IFM/Regards, 2019, p. 151-153. Masse était un mot nouveau pour désigner la foule […]. Premièrement, il y avait la concentration de la population dans les villes industrielles, une masse physique de personnes qu’accentuèrent la forte croissance démographique et une urbanisation continue. La seconde était la concentration des travailleurs dans les usines : là encore une masse physique, rendue indispensable par la production mécanisée, mais aussi une masse sociale rendue inhérente aux relations de travail par le développement de la production à grande échelle. En troisième lieu, et comme conséquence, venait l’essor d’une classe de travailleurs organisée et s’auto-organisant : une masse sociale et politique. […] Pensée de masse, suggestion de masse, préjugé de masse […] Plus encore, si « masses » était vraiment le nouveau nom de « foule », alors la démocratie serait régulée par les foules. Cela ferait difficilement un bon gouvernement, ou une bonne société ; il adviendrait plutôt la règle de la médiocrité ou de la bassesse1. 1 Raymond Williams, « Mass, Masses and Mass Communication » (1958), in Culture & Society, 1780-1950, Pelican, 1963, p. 316-321. Trad. et commenté in Catherine Geel, Les grands textes commentés du design, Paris, IFM/Regards, 2019, p. 151-153. Livret– Le spectacle de la marchandise – Catherine Geel 2025-2028 3 Nikolaus Pevsner, High Victorian Design: A Study of the Exhibits of 1851 [1951], Kindle Edition, pp. 16-17. This is when Joseph Paxton (1801–65) appeared on the stage. He was head gardener to the Duke of Devonshire at Chatsworth, and by 1850 a celebrated horticultural expert and an ingenious and experienced designer of glasshouses. He challenged, first in private conversation, the soundness of the building committee’s design and took it on himself to produce something better, cheaper and more practical. The fundamental idea for the Crystal Palace was first scribbled on a piece of blotting paper during a tribunal of the Midland Railway at Derby which Paxton had to attend. The scribble is now preserved at the Victoria and Albert Museum. It was converted into proper drawings in the course of a week by Paxton’s Chatsworth staff and then presented. The building committee was of course unwilling to scrap its own solution in favour of that of an outsider, but Paxton forced its hand by allowing the publication of his project in the Illustrated London News. It appeared on July 6, 1850, and its boldness and novelty captured popular opinion at once. Punch christened it the Crystal Palace, and it was accepted on July 15. It was a triumph of logical construction, wholly independent of any architectural traditions. The two governing problems were fearlessly faced and solved without compromise. How can the best lighting be obtained for an exhibition building? And how can a building, 1,848 feet long by 408 feet wide, be constructed most speedily? The answer was complete reliance on iron and glass as building materials, and on standardization of parts. The whole plan of the building was worked out on a twenty-four-foot grid. The parts, according to a lecture which Paxton himself delivered at Bakewell near Chatsworth in the winter of 1850–51, were to be 6,024 columns all 15 feet long, 3,000 gallery bearers, 1,245 wrought-iron girders, 45 miles of standard length sash-bars and 1,073,760 square feet of glass. With these parts the putting together should work as with ‘a perfect piece of machinery’ 5. Only by means of this completely new principle of prefabrication was the erection of the building possible, and its æsthetic effect was consequently one of uniformity, but of a uniformity on a scale raising it to monumentality. Moreover, Paxton—being a gardener—had provided light relief of the most imaginative kind. Two full-grown elm trees of Hyde Park were left standing inside the building, and the contrast between their foliage and the rigid grid of Paxton’s iron framework greatly helped the visual success of the interior. The building was indeed, as Thackeray said in his Ode on the Opening : A palace as for fairy prince, A rare pavilion, such as man Saw never since mankind began, And built and glazed2. 2 Un pavillon rare, tel que l’homme N’en a jamais vu depuis le début de l’humanité, Construit et vitré. William Thackeray ( 1811-1863) est un acrivain satiriue, auteur des Mémoire de Barry Lindon ou de Vanity Fair. Livret– Le spectacle de la marchandise – Catherine Geel 2025-2028 4 Walter Benjamin (1892-1940) « Paris, capitale du XIXe siècle » [1939] Édition électronique, Édition complétée le 8 mars 2003 à Chicoutimi, Québec. B. Grandville ou les expositions universelles I Oui, quand le monde entier, de Paris jusqu’en Chine, O divin Saint-Simon, sera dans ta doctrine, L’âge d’or doit renaître avec tout son éclat, Les fleuves rouleront du thé, du chocolat ; Les moutons tout rôtis bondiront dans la plaine, Et les brochets au bleu nageront dans la Seine ; Les épinards viendront au monde fricassés, Avec des croûtons frits tout autour concassés ; Les arbres produiront des pommes en compotes, Et l’on moissonnera des carricks et des bottes ; Il neigera du vin, il pleuvra des poulets, Et du ciel les canards tomberont aux navets. Langlé et Vanderburch : Louis-Bronze et le Saint-Simonien (Théâtre du Palais Royal, 27 février 1832). Les expositions universelles sont les centres de pèlerinage de la marchandise-fétiche. « L’Europe s’est déplacée pour voir des marchandises » dit Taine en 1855. Les expositions universelles ont eu pour précurseurs des expositions nationales de l’industrie, dont la première eut lieu en 1798 sur le Champ de Mars. Elle est née du désir « d’amuser les classes laborieuses et devient pour elles une fête de l’émancipation ». Les travailleurs formeront la première clientèle. Le cadre de l’industrie de plaisance ne s’est pas constitué encore. Ce cadre c’est la fête populaire qui le fournit. Le célèbre discours de Chaptal sur l’industrie ouvre cette exposition. – Les saint simoniens qui projettent l’industrialisation de la planète, s’emparent de l’idée des expositions universelles. Chevalier, la première compétence dans ce domaine nouveau, est un élève d’Enfantin, et le rédacteur du journal saint-simonien Le Globe. Les saint-simoniens ont prévu le développement de l’industrie mondiale ; ils n’ont pas prévu la lutte des classes. C’est pourquoi, en regard de la participation à toutes les entreprises industrielles et commerciales vers le milieu du siècle, on doit reconnaître leur impuissance dans les questions qui concernent le prolétariat. Les expositions universelles idéalisent la valeur d’échange des marchandises. Elles créent un cadre où leur valeur d’usage passe au second plan. Les expositions universelles furent une école où les foules écartées de force de la consommation se pénètrent de la valeur d’échange des marchandises jusqu’au point de s’identifier avec elle : « Il est défendu de toucher aux objets expo sés ». Elles donnent ainsi accès à une fantasmagorie où l’homme pénètre pour se laisser distraire. Livret– Le spectacle de la marchandise – Catherine Geel 2025-2028 5 A l’intérieur des divertissements, auxquels l’individu s’abandonne dans le cadre de l’industrie de plaisance, il reste constamment un élément composant d’une masse compacte. Cette masse se complaît dans les parcs d’attractions avec leurs montagnes russes, leurs « tête-à-queue », leurs « chenilles », dans une attitude toute de réaction. Elle s’entraîne par là à cet assujettissement avec lequel la propagande tant industrielle que politique doit pouvoir compter. – L’intronisation de la marchandise et la splendeur des distractions qui l’entourent, voilà le sujet secret de l’art de Grandville. D’où la disparité entre son élément utopique et son élément cynique. Ses artifices subtils dans la représentation d’objets inanimés correspondent à ce que Marx appelle les « lubies théologiques » de la marchandise. L’expression concrète s’en trouve clairement dans la « spécialité » – une désignation de marchandise qui fait à cette époque son apparition dans l’industrie de luxe. Les expositions universelles construisent un monde fait de « spécialités ». Les fantaisies de Grandville réalisent la même chose. Elles modernisent l’univers. L’anneau de Saturne devient pour lui un balcon en fer forgé où les habitants de Saturne prennent l’air à la tombée de la nuit. De la même façon un balcon en fer forgé représenterait à l’exposition universelle l’anneau de Saturne et ceux qui s’y avancent se verraient entraînés dans une fantasmagorie où ils se sentent mués en habitants de Saturne. Le pendant littéraire de cette utopie graphique, c’est l’œuvre du savant fouriériste Toussenel. Toussenel s’occupait de la rubrique des sciences naturelles dans un journal de mode. Sa zoologie range le monde animal sous le sceptre de la mode. Il considère la femme comme le médiateur entre l’homme et les animaux. Elle est en quelque sorte le décorateur du monde animal, qui en échange dépose à ses pieds son plumage et ses fourrures. « Le lion ne demande pas mieux que de se laisser rogner les ongles, pourvu que ce soit une jolie fille qui tienne les ciseaux. » Livret– Le spectacle de la marchandise – Catherine Geel 2025-2028 6 Fig. 62 Dickinson’s Comprehensive Pictures of the Great Exhibition of 1851, Londres, 1854, Crédit/Source : Paris, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, FT 4-VG 125 (A), https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb303403921 ; voir aussi https://doi.org/10.5479/sil.495268.39088008102741 Livret– Le spectacle de la marchandise – Catherine Geel 2025-2028 7 Fig. 62b Dickinson’s Comprehensive Pictures of the Great Exhibition of 1851, Londres, 1854, 2 vol., 53 chromolithographies d’après les aquarelles originales de Joseph Nash, Louis Haghe et David Roberts, avec textes descriptifs, env. 48,5 × 37 cm (image), 63 × 42,5 cm (planche), ici : pl. I, The Inauguration → [G 2a, 7] Crédit/Source : Paris, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, FT 4-VG-125 (A), https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb303403921 ; voir aussi https://doi.org/10.5479/sil.495268.39088008102741 Fig. 62c Dickinson’s Comprehensive Pictures of the Great Exhibition of 1851, Londres, 1854, 2 vol., 53 chromolithographies d’après les aquarelles originales de Joseph Nash, Louis Haghe et David Roberts, avec textes descriptifs, env. 48,5 × 37 cm (image), 63 × 42,5 cm (planche), ici : pl. VI, Belgium → [G 2a, 7] Crédit/Source : Paris, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, FT 4-VG-125 (A), https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb303403921 ; voir aussi https://doi.org/10.5479/sil.495268.39088008102741 Livret– Le spectacle de la marchandise – Catherine Geel 2025-2028 8 Fig. 62d Dickinson’s Comprehensive Pictures of the Great Exhibition of 1851, Londres, 1854, 2 vol., 53 chromolithographies d’après les aquarelles originales de Joseph Nash, Louis Haghe et David Roberts, avec textes descriptifs, env. 48,5 × 37 cm (image), 63 × 42,5 cm (planche), ici : pl. XXII, Turkey → [G 2a, 7] Crédit/Source : Paris, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, FT 4-VG-125 (A), https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb303403921 ; voir aussi https://doi.org/10.5479/sil.495268.39088008102741 Fig. 62e Dickinson’s Comprehensive Pictures of the Great Exhibition of 1851, Londres, 1854, 2 vol., 53 chromolithographies d’après les aquarelles originales de Joseph Nash, Louis Haghe et David Roberts, avec textes descriptifs, env. 48,5 × 37 cm (image), 63 × 42,5 cm (planche), ici : pl. XXVI, Foreign Nave → [G 2a, 7] Livret– Le spectacle de la marchandise – Catherine Geel 2025-2028 9 Crédit/Source : Paris, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, FT 4-VG-125 (A), https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb303403921 ; voir aussi https://doi.org/10.5479/sil.495268.39088008102741 Crédit/Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, V 644, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9800075g/f21.item Fig. 63d Exposition universelle de 1867 à Paris. Album des installations les plus remarquables de l’exposition universelle de 1862 à Londres, publié par la commission impériale pour servir de renseignement aux exposants des diverses nations, Paris, 1866, 35 pl. dont 33 gravures sur cuivre et 2 chromolithographies, chacune 33 × 53,5 cm, ici : pl. 12, Vitrine d’arquebuserie. Prusse – Exposition de bijouterie de M. Kobek. Autriche → [G 13, 1] Livret– Le spectacle de la marchandise – Catherine Geel 2025-2028 10 Crédit/Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, V 644, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9800075g/f21.item Fig. 63f Exposition universelle de 1867 à Paris. Album des installations les plus remarquables de l’exposition universelle de 1862 à Londres, publié par la commission impériale pour servir de renseignement aux exposants des diverses nations, Paris, 1866, 35 pl. dont 33 gravures sur cuivre et 2 chromolithographies, chacune 33 × 53,5 cm, ici : pl. 26, Vitrine d’orfèvrerie. Autriche → [G 13, 1] Crédit/Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, V 644, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9800075g/f21.item Livret– Le spectacle de la marchandise – Catherine Geel 2025-2028 11 Fig. 64 Jules Chaste, Promenade à l’Exposition universelle de Paris. 1855, 1855, lithographie coloriée, 37 × 47 cm, dans le recueil « Images d’Épinal de la Maison Pellerin : 1855-1857 », Paris, BnF, Cabinet des estampes, Li-59 (5)-Fol. Il existe d’innombrables images d’Épinal sur l’Exposition universelle de 1855 à Paris ; nous en proposons ici une qui est au Cabinet des estampes, sans savoir si Benjamin l’a effectivement vue, puisqu’il cesse d’y travailler au cours de l’année 1936 et que sa note peut être datée d’après décembre 1937. → [G 15, 4] Crédit/Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, FOL-LI-59 (5), https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b69381898/f1.item Livret– Le spectacle de la marchandise – Catherine Geel 2025-2028 12 Fig. 65 J.J. Grandville, Concert à la vapeur, 1843-1844, gravure sur bois coloriée à la main, 18 × 25 cm (page), illustrant Un autre monde, Paris, 1844, entre p. 16 et 17 Crédit/Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, Réserve des livres rares, RES-Y2- 1011, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3120537/f46.item Livret– Le spectacle de la marchandise – Catherine Geel 2025-2028 13 Fig. 67 J.J. Grandville, Système de Fourier, 1843-1844, gravure sur bois coloriée à la main, 18 × 25 cm (page), illustrant Un autre monde, Paris, 1844, entre p. 264 et 265 Crédit/Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, Réserve des livres rares, RES-Y2- 1011, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3120537/f351.item Livret– Le spectacle de la marchandise – Catherine Geel 2025-2028 14 Fig. 68b J.J. Grandville, Pérégrinations d’une comète, 1843-1844, gravure sur bois coloriée à la main, 22 × 14,5 cm (image), 18 × 25 cm (page), illustrant Un autre monde, Paris, 1844, entre p. 94 et 95 → [B 1a, 2] et [G 16, 3] Crédit/Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, Réserve des livres rares, RES-Y2- 1011, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3120537/f142.item Livret– Le spectacle de la marchandise – Catherine Geel 2025-2028