Histoire des arts et des techniques Plan détaillé n°1 Margaux Drocourt - Novembre 2025
Sujet : La ville, ses ensorcellements, ses rythmes et ses mécanismes Programme : Le spectacle de la marchandise : 1850-1937
Introduction
(Accroche) Des arcades de la rue de Rivoli aux pavés escarpés de la Butte Montmartre, ce sont les boutiques de souvenirs qui délivrent l’image d’Épinal de Paris au monde. De la vente de petits porte-clés Tour Eiffel jusqu’aux reproductions des plus festives affiches de Jules Chéret, habitants et touristes parisiens baignent dans les allégories séduisantes de la Ville Lumière. Paris rejoue à chaque coin de rue les images effervescentes du Second Empire (1852-1870) et de la Belle Époque (1871-1914) : cartes postales de la dame de fer ayant résisté à l’éphémérité de l’exposition universelle de 1887, lithographies de Parisiennes soignées sortant du Bon Marché, affiches flamboyantes des danseuses de cancan du Moulin Rouge… Cette fantasmagorie parisienne est tenace et pour cause, la seconde moitié du XIXe siècle et les débuts du XXe siècle ont largement contribué à façonner les rythmes de la ville moderne grâce à la mise en œuvre de nouveaux mécanismes urbains, architecturaux et artistiques (haussmannisation, construction des grands magasins et de leurs enseignes, vitrines, utopies hygiénistes du Second Empire à la Troisième République…). (Rappel du programme) La ville ensorcelle par la profusion de ses marchandises fétichisées et élevées au rang d’œuvres d’art grâce à leur mise en scène tapageuse. C’est cette fabrique du spectaculaire au sein de la ville, permise par l’essor de la société industrielle et de la consommation de masse, qu’il convient d’étudier au sein de notre programme “Le spectacle de la marchandise : 1850-1937”.
(Enjeux) Si Paris jouit d’une aura planétaire de beauté, d’élégance et de romantisme, elle a aussi été construite au sein d’une histoire géographique et sociale complexe, si ce n’est violente (insurrections, spéculation foncière, ségrégation géographique, expulsion des classes laborieuses et marginales de l’intramuros …). (Réf. théorique n°1) Dans The Zone: An Alternative History of Paris (2024), traduit en 2025 par la maison d’édition B42, Justinien Tribillon, écrivain, chercheur, éditeur et curateur français qui ancre sa pratique dans les sciences sociales et le design, propose une contre histoire de la géographie parisienne. Il y détaille notamment la construction de l’enceinte de Thiers, la vie dans la Zone, l’émergence de la ceinture rose parisienne et bien d’autres grands projets urbanistiques qui ont tracé ou gommé avec violence les contours de la ville de Paris, loin de l’idylle touristique du Trocadéro. Il revient également sur l’histoire du Jardin d’agronomie tropicale René-Dumont, anciennement Jardin d’essai colonial, niché au cœur du bois de Vincennes et érigé à l’occasion de l’exposition coloniale de 1907. En photographiant les vestiges des pavillons construits dans le goût des architectures des colonies françaises de l’époque, il étudie comment ces “zoos humains” jetaient en pâture aux visiteurs des représentants des peuples arrachés à leur terre d’origine. Justinien Tribillon expose les limites de l’orientalisme et de l’exotisme français et la dimension macabre de la représentation d’un État surpuissant, à rebours de l’image de grandes manifestations joyeuses dont peuvent bénéficier les expositions universelles.
(Réf. théorique n°2) Paris entretient une histoire complexe à ses habitants, à l’étranger et aux marginaux que les bourgeois et technocrates des XIXe et XXe siècles ont voulu tour à tour protéger, contrôler, expulser. La ville, ses nouvelles géographies et institutions spectaculaires et commerciales sont à la fois les causes et les conséquences du développement de catégories nouvelles de penseurs et surtout de travailleurs, en particulier ceux d’une classe moyenne émergente qui se rassemble autour d’une culture de masse. L’historien Christophe Charle nous montre notamment dans son Histoire sociale de la France au XIXe siècle (publication originale 1991) comment les employés de magasin (en 1877 le Bon Marché compte près de 1 778 employés et les douze grands magasins parisiens près de 11 000 personnes en 1913) ont été un maillon indispensable de l’essor d’une consommation “démocratisée” et de l’émergence d’une nouvelle ville envoûtante.
(Rappel sujet et attaque) Si le sujet « La ville, ses ensorcellements, ses rythmes et ses mécanismes nous invite à explorer l’agentivité de la ville, sous-entendue par sa capacité à “ensorceler”, quelles sont les implications de ceux qui fabriquent cet ensorcellement, et quels en sont les effets sur ceux qui l’habitent ? Pour comprendre ses rythmes (vie nocturne, cadence de l’industrie, circulation de l’information avec le développement de la presse écrite, essor des infrastructures de mobilités…) et ses mécanismes (grandes politiques urbaines, nouvelles utopies et idéologies, procédés architecturaux et esthétiques, inventions techniques…), n’est-il pas nécessaire de considérer la ville par la multiplicité des expériences de ceux qui la vivent, la consomment, la conçoivent, s’y enivrent ou s’y perdent ?
(Bornage disciplinaire, temporel et géographique) À la croisée des histoires politique, architecturale, artistique et technique, nous étudierons comment la ville (qu’ici nous bornerons essentiellement à Paris en usant de quelques échappées vers d’autres métropoles européennes ou états-uniennes) s’est transformée entre 1850 et 1937, de l’effacement de la ville médiévale aux utopies modernes de l’entre-deux-guerres. Nous verrons comment cette transformation s’est opérée à la fois pour et contre ses habitants (bourgeois, classes laborieuses, marginaux) mais aussi avec et sous le regard de ses ingénieurs, artistes et architectes. (Problématisation) En quoi l’analyse de l’implication des habitants et des concepteurs de la ville peut-elle nous aider à comprendre les rouages du sortilège urbain ?
(Annonce du plan) Nous tenterons de voir dans un premier temps comment les nouvelles élites bourgeoises libérales, adoubées durant le Second Empire, ont défini les contours de la métropole moderne, et ont été à l’initiative de nouvelles conceptions urbanistiques et architecturales, au service de l’ordre et de la représentation du pouvoir. Dans un second temps, nous analyserons comment l’émergence d’une classe moyenne, notamment de travailleurs et d’employés, a permis aux infrastructures urbaines de se développer et de façonner un imaginaire artistique et populaire de la ville. Enfin, nous étudierons les marges de cet empire urbain débuté sous Napoléon III, à travers l’histoire de ses banlieues dont les destins ont été largement discutés durant la Troisième République, jusqu’à aboutir au renouvellement de l’imaginaire de la ville moderne sous l’impulsion d’une avant-garde de concepteurs, regroupés notamment au sein de l’UAM (1929).
I. Nouvelles élites, nouvelles utopies : naissance d’une métropole puissante
Le Second Empire, s’étendant de 1852 à 1870, renvoie à un imaginaire luxueux de la France, rythmé par des fêtes impériales flamboyantes au sein d’architectures spectaculaires, faites de salles de bal aux dômes et lustres magistraux et d’intérieurs dont le mobilier rejoue les codes Louis XVI ou ceux d’un Empire romain fantasmé. Mais le Second Empire est aussi une période complexe de bouleversements techniques, politiques, sociaux et esthétiques. Louis-Napoléon Bonaparte, président, prince-président puis empereur, entérine le développement économique libéral de la France initié durant la monarchie de Juillet, profitant de la légende napoléonienne et s’attirant les faveurs des nouvelles élites de possédants (propriétaires, industriels, commerçants) qu’il conforte après l’insurrection des Trois Glorieuses et les révoltes sous Louis-Philippe. De façon plus inattendue, le dernier monarque de France remporte aussi l’appréciation des classes plus précaires en menant des campagnes politiques promouvant un bonapartisme populaire, fondement d’une partie du roman national. Il écrit en 1944 Extinction du paupérisme, inspiré par les idées saint-simoniennes et son exode en Angleterre (1846-1848) où il observe avec beaucoup d’attention les mutations urbaines des quartiers ouest de Londres, intrinsèquement liées à la révolution industrielle en cours. La capitale anglaise constitue la référence en matière d’hygiénisme et d’urbanisme moderne avec laquelle Louis-Napoléon Bonaparte compte rivaliser. Empereur, il entreprend la nomination de nombre de politiques français pour mener de grands chantiers à Paris, mais aussi à Marseille, Lyon, Bordeaux, Lille, Rouen, Toulouse, et Nantes. Le baron Haussmann, dont les projets urbains à Bordeaux fondent la réputation, est nommé Préfet de la Seine en 1853 et entame son « embellissement stratégique de Paris » aux côtés d’Adolphe Alphand (ingénieur, espaces verts) et Eugène Belgrand (ingénieur, service des eaux et des égouts). C’est avec l’aide d’une nouvelle élite, influencée par les utopies hygiénistes, que la nouvelle métropole se crée en promouvant le pouvoir et sa représentation à une échelle internationale.
A. Création d’un nouveau standard urbain au service du pouvoir : l’haussmannisation et ses mécanismes techniques
Contexte : Explosion démographique à Paris, densification urbaine, exode rural, migrations, insalubrité des édifices médiévaux, épidémie de tuberculose, indigence très présente dans le centre-ville. “Culte de l’axe”, débouchant sur des monuments gigantesques (exemple de l’Opéra Garnier qui ne remporte pas l’adhésion des ingénieurs par son style à l’époque), entre 1860-1870 dessin des Grands Boulevards et émergence de bâtiments à l’architecture colossale, dédiés au spectacle, à la représentation du pouvoir ou à l’exposition des marchandises. Création de l’immeuble de rapport, de nouveaux espaces verts (censés lutter contre la mauvaise santé des habitants et l’alcoolisme). Nouveaux axes pour maîtriser les insurrections populaires (traumatisme des Trois Glorieuses, néanmoins échec de cet urbanisme à contraindre la révolte populaire, Commune de Paris 1870-1871). Expropriation et expulsion des classes indigentes du centre de Paris au profit des bourgeois. Création des sociétés immobilières pour la création de grands îlots (dépassant les opérations plus individuelles de création des immeubles de 20 habitations), spéculation foncière, lutte propriétaires/locataires.
Ex.1 : Le Stryge, Charles Meryon (1821-1868), aquafortiste d’origine anglaise, 1853, eau-forte, témoin du Paris médiéval avec la Tour Saint-Jacques sauvée des démolitions haussmanniennes. Série d’eaux-fortes sur le Paris médiéval découvertes par Baudelaire au salon de 1859. Ex.2 : Petits poèmes en prose, Baudelaire, 1862, prépublication du Spleen de Paris dans le quotidien La Presse en 1862, lettre au directeur du journal à l’occasion de la parution de vingt poèmes. Explication du choix stylistique du poème en prose, inspiré par « la fréquentation des villes énormes », pour établir « la description de la vie moderne ». Ex.3 : Projet de chemin de fer souterrain de la Villette aux halles centrales, Émile Bourdelin, 1861, lithographie.
Propos : Nostalgie des artistes pour le Paris médiéval de courte durée : sentiment de changer d’ère, d’entrée dans la vie moderne. Changements urbains importants grâce à des inventions techniques majeures : double réseau eau usée / eau potable, tracé de l’égout souterrain, installation de bornes incendie pour prévenir les feux, réseau de gaz, chemins de fer, développement des transports en commun (tramways à chevaux puis métropolitain), conception des mobiliers urbains parisiens, rénovation des ponts de la Seine, apparition du square, et de boulevards plantés (sur le modèle viennois de la Ring)… Ce sont les poussées techniques qui permettent à la ville d’opérer sa mue mais aussi l’expansion des idées saint-simoniennes et fouriéristes.
Ex.4 (ref.théorique) : La ville en représentation, François Loyer in Spectaculaire second Empire, catalogue d’exposition, Guy Cogeval (Dir.), Paris, Musée d’Orsay / Skira, 2020. « Les nouveaux boulevards ont ceci de particulier que leur ordonnance constitue un écran dont la régularité masque l’aspect des quartiers qu’ils traversent. Ces “villages Potemkine” n’ignorent pas seulement les édifices qu’ils constituent […]. Ils cachent aussi la réalité de quartiers souvent modestes et parfois inaboutis : qui devinerait, derrière les belles façades de l’avenue de la République ou du boulevard Voltaire à Paris, l’existence de “petites banlieues” — avec ses ateliers industriels et son habitat sommaire […] ? » p.177
Propos : Un des enjeux forts de l’haussmannisation est la représentation du pouvoir, au point de ne pas aboutir tous les travaux initiés selon l’utopie hygiéniste proclamée. Escalade dans la monumentalité des bâtiments : la juxtaposition des immeubles de rapport crée des perspectives infinies, tendant à banaliser leur effet, ce qui pousse à une démesure toujours plus grande dans la conception des monuments débouchant des grands axes. Transition : La transformation de Paris sous le Second Empire (poursuivie lors de la Troisième République où les plans de l’haussmannisation sont peu remis en question), au-delà de répondre aux enjeux d’hygiène et d’ordre de la ville moderne (largement inspirée par Londres, Lisbonne, Nancy, Bordeaux et les principes d’alignement de la ville classique établis durant la Renaissance notamment à Turin), est aussi une question de représentation. Le pouvoir d’un État central fort, capable d’entreprendre des travaux d’envergure et de contrôler son territoire, s’affirme. Cette mise en scène de la force et de la culture française s’étend jusque dans les expositions universelles, lieu de la propagande internationale, grande messe et fête de l’innovation, lieu de naissance des fantasmagories les plus tenaces de Paris.
B. Propagande internationale et développement du loisir : les expositions universelles
Contexte : Exposition universelle de Londres en 1851, Hyde Park, 6 millions de visiteurs, commandité par le Prince Albert, mari de la reine Victoria avec la collaboration d’Henri Cole (créateur et directeur du Journal of Design and Manufacture). Construction du Crystal Palace dessiné par Joseph Paxton (architecte et botaniste) qui interpelle par sa démesure (564 mètres de long pour une hauteur de 39 mètres) : véritable prouesse technique de fer et de verre dont les morceaux sont préfabriqués puis assemblés sur place. Controverse(s) : outre le Crystal Palace qui fascine par son ingéniosité esthétique et technique, les voix des intellectuels anglais s’élèvent contre les objets présentés au sein de l’exposition. Les artefacts industriels sont considérés comme laids, privilégiant le profit à la qualité formelle, ou reprenant maladroitement les codes de l’artisanat dans un style bourgeois chargé et ostentatoire. L’alliance de l’art et de la machine n’a pas encore eu lieu. Parmi les contestataires : John Ruskin (1819-1900), écrivain des Sept lampes de l’architecture (1849), qualifie les marchandises exposées en 1851 comme « viles, inadmissibles et mauvaises ». Ces critiques s’élèvent sur fond des idéologies communistes, Karl Marx publie Le Capital quelques années plus tard en 1867. Les voix des classes laborieuses et intellectuelles s’élèvent contre l’aliénation de l’homme à la machine. De nombreux ouvrages de designers et notamment ceux de William Morris prennent racine dans cette période de contestation politique et esthétique. Morris valorise notamment la manufacture à l’industrie, il fonde en 1861 la Morris, Marshall, Faulkner & Co et l’aesthetic movement et les Arts & crafts. Si l’architecture de Paxton séduit, la révolution des intérieurs n’est pas encore en chemin. Les expositions universelles laissent une trace indélébile dans la ville par leurs constructions qui demeurent. La ville se fait au rythme de ces spectacles grandioses.
Ex.1 (ref.théorique) : High Victorian Design: A Study of the Exhibits of 1851, Nikolaus Pevsner, 1951, Kindle Edition, pp. 16-17. [PDF cours] Ex.2 : Dickinson’s Comprehensive Pictures of the Great Exhibition of 1851, Londres, 1854, 2 vol., 53 chromolithographies d’après les aquarelles originales de Joseph Nash, Louis Haghe et David Roberts, avec textes descriptifs, env. 48,5 × 37 cm (image), 63 × 42,5 cm (planche). [PDF cours]
Propos : Walter Benjamin décrit le pèlerinage que constituent les expositions universelles et le profond changement qu’elles provoquent dans le lien entre l’Homme et la marchandise : « Les expositions universelles idéalisent la valeur d’échange des marchandises. Elles créent un cadre où leur valeur d’usage passe au second plan. Les expositions universelles furent une école où les foules écartées de force de la consommation se pénètrent de la valeur d’échange des marchandises jusqu’au point de s’identifier avec elle : “Il est défendu de toucher aux objets exposés” ». La marchandise est fétichisée, elle commande à l’Homme, son créateur. Le Concert à la vapeur de Grandville développe cette fantasmagorie autour des objets à qui il donne vie, dans un écho poétique à la mystification des machines de l’usine.
Ex.3 (ref.théorique) : B. Grandville ou les expositions universelles in Paris, capitale du XIXe siècle, 1939, Walter Benjamin (1892-1940), Édition électronique, Édition complétée le 8 mars 2003 à Chicoutimi, Québec. [PDF cours] L’exposition universelle est née du désir « d’amuser les classes laborieuses et devient pour elles une fête de l’émancipation ».Ex.4 : Promenade à l’Exposition universelle de Paris. 1855, Jules Chaste, 1855, lithographie coloriée, 37 × 47 cm, dans le recueil « Images d’Épinal de la Maison Pellerin : 1855-1857 », Paris, BnF, Cabinet des estampes, Li-59 (5)-Fol. [PDF cours] Ex.5 : Concert à la vapeur, Grandville, 1843-1844, gravure sur bois coloriée à la main, 18 × 25 cm (page), illustrant Un autre monde, Paris, 1844, entre p.16 et 17. [PDF cours]
Transition : Walter Benjamin décrit dans Paris, capitale du XIXe siècle l’importance des passages dans le développement d’un nouveau rapport à la ville et à la marchandise (figure du flâneur). Les nouveaux dispositifs architecturaux et publicitaires de la vente transforment l’expérience urbaine. C’est la naissance d’une culture de l’étalage, du display, incarnée durant les expositions universelles par l’objet ambigu de la vitrine qui change profondément la valeur d’usage et la valeur marchande des objets présentés au monde. Au-delà des expositions universelles, les grands magasins participent au bouleversement de l’expérience de la ville et du spectacle : ils déploient l’ensorcellement des marchandises et imposent un nouveau rythme urbain.
C. Modification de la ville dans le cadre du développement d’une consommation de masse : les grands magasins
Contexte et propos : En France, les grands magasins sont l’héritage des passages, bazars et magasins de nouveautés. Ils se développent après la loi de 1844 autorisant la vente de produits de nature différente dans un lieu unique. On assiste à une métamorphose de la rue commerciale. L’architecture des grands magasins passe d’un modèle de construction d’ex materia à ex nihilo et évolue selon les modifications des procédés de vente et les poussées techniques nécessitant des infrastructures spécifiques (électrification pour les enseignes lumineuses, apparition des premiers escalators début du XXe siècle…). Le Bon Marché est créé en 1852 par Marguerite et Aristide Boucicaut, son bâti est uniformisé par Louis-Charles Boileau (architecte) et livré dans sa forme finale en 1905, même année que la construction de La Samaritaine par Frantz Jourdain (architecte). Les grands magasins sont d’abord construits via de grandes opérations immobilières qui regroupent des îlots entiers de Paris et les transforment (exemple de la systématisation de la rotonde d’angle), avant de représenter des chantiers à part entière. Ces modifications successives sont rendues possibles par le développement de l’architecture de fer et de verre, étudiée par Siegfried Giedion dans Construire en France, construire en fer, construire en béton, publié en 1928. Il considère ces architectures comme les prémices du style moderne. On observe les mêmes poussées techniques en Europe et aux États-Unis : exemple du grand magasin Wertheim à Berlin, sur la Leipziger Platz, cité par Ludwig Hilberseimer (architecte et théoricien allemand) dans La nouvelle rue commerçante, 1929. Globalement, passage de bâtiments dont les larges ouvertures permettent l’éclairage des marchandises et le lien à la ville à des bâtis fermés, où les repères spatio-temporels sont dilués, notamment par l’éclairage artificiel, pour pousser à la consommation. Les façades se recouvrent d’enseignes et de réclames. En France, la manufacture du verre très développée permet l’agencement de vitrines enchanteresses.
Ex.1 (ref.théorique) : Les grands magasins de Paris, histoire, espace, image, ville, Rafael Serrano Saseta in La saga des grands magasins, Elvira Ferault et Isabelle Maquette (Dir.), Cité de l’architecture et du patrimoine, RMN-Grand Palais. p 21 à 27. Ex.2 : Carte postale du magasin Crespin & Dufayel, anonyme, 1895-1900, lithographie, Musée des Arts Décoratifs de Paris. Ex.3 (ref.théorique) : La nouvelle rue commerçante, Ludwig Hilberseimer in Das Neue Frankfürt, avril 1929, p.65-71. [PDF cours]
Transition : Si les bâtiments des grands magasins modifient les mécanismes de la ville par leur ampleur, le nombre de métiers nécessaires pour leur bon fonctionnement redessine en profondeur les contours du marché du travail et de la consommation à l’orée du XXe siècle. Ces mutations sociales et l’émergence d’une classe moyenne de travailleurs et d’employés vont démultiplier les usages et les rythmes de la ville : ces nouvelles institutions urbaines leur sont-elles néanmoins réellement destinées ?
II. Nouveaux travailleurs, nouveaux dispositifs de séduction : rythmes populaires et artistiques de la ville
La nature des activités du centre de la ville de Paris se transforme à mesure de la création des grands établissements commerciaux et culturels et avec l’éloignement des usines vers la périphérie et les terres agricoles de la Zone. C’est la naissance d’une classe de petits patrons et d’employés qui façonne et anime la ville moderne. Bien qu’au service des nouvelles élites et classes bourgeoises (on peut rappeler l’emploi des jeunes femmes provinciales que l’on habille d’uniformes rappelant la mode de l’époque et que l’on forme aux codes du vocabulaire bourgeois pour mettre à l’aise la clientèle), cette nouvelle classe d’employés acquiert peu à peu des avantages sociaux lui permettant de développer un pouvoir d’achat et de participer au développement de la ville. À cette démocratisation de la consommation (qu’il convient de modérer et circonscrire aux travailleurs de vente et de services car la majorité de la classe ouvrière subit l’augmentation du coût des logements et traverse de réelles difficultés lors des crises commerciales entre les pays, qui impactent la production industrielle des biens et fait fluctuer les périodes de travail en usine) répond un renouvellement de l’art populaire, permis par des poussées techniques comme la lampe à incandescence ou l’essor des créateurs publicitaires.
Dès la deuxième moitié du XIXe siècle, les affiches de Jules Chéret, Mucha ou Toulouse-Lautrec, vantant la profusion de la marchandise dans les grands magasins, l’intrigue de la dernière pièce de théâtre à la mode ou les mérites des produits de beauté féminins, s’exposent partout dans la ville. L’affiche, permise par le développement des procédés lithographiques et la multiplication des ateliers d’impression, devient un art populaire qui s’expose dans la rue, accessible à tous. Créant de véritables paysages publicitaires, les affiches et enseignes modifient l’expérience de la vie urbaine et font évoluer les codes graphiques modernes, jusqu’à la stylisation et la simplification des formes dans les publicités de Cassandre et Carlu.
A. Progrès sociaux et ville mécanisée : développement d’un rythme urbain intense, diurne et nocturne
Propos : Le fonctionnement et la maintenance des grands magasins sont possibles grâce au développement de la circulation rapide des biens avec l’essor du chemin de fer. La révolution industrielle amplifie à l’usine le rythme des corps et à la ville le balai des employés. Les stocks sont renouvelés périodiquement pour attiser sans cesse l’attention de la clientèle (dont une partie développe une véritable addiction à cet appel constant de la nouveauté). Les grands magasins “bourdonnent” de clients : une ville dans la ville s’agite quotidiennement et sur une large amplitude horaire. On peut citer l’exemple des employés de magasin nourris et logés sur place ou à proximité, une vie quotidienne au travail où les temps des repas méridiens sont très encadrés (Des patrons et des employés, Christelle Di Giovanni et Romain Condamine, ex. Grands Magasins du Louvre). Christophe Charle, Histoire sociale de la France au XIXe siècle : étude sur les travailleurs ouvriers « saisonniers », la ville accueille aussi de façon périodique les travailleurs (ouvriers qui passent de l’usine aux terres agricoles selon le travail disponible ou l’état des récoltes). C’est aussi l’essor du tourisme, la foule est partout dans Paris.
Ex.1 (ref.théorique) : Des patrons et des employés, Christelle Di Giovanni et Romain Condamine in La naissance des grands magasins, 1852-1925 : mode, design, jouets, publicité, Amélie Gastaut (Dir.), Paris, Musée des Arts Décoratifs, 2024. Ex.2 (ref.théorique) : Une société urbaine en mouvement in Histoire sociale de la France au XIXe siècle, Christophe Charle, 2016 [1991], Poche, éditions Points histoire, Paris.
Propos : Développement de l’enseigne lumineuse grâce à la lampe à incandescence, d’abord plaques de métal découpées, puis tubes néons avec capacité de clignotements. La vie nocturne s’intensifie grâce à l’illumination de la ville. Ces éclairages disparates et intenses posent question à Londres. Au-delà de la ville marchande, essor de la ville du loisir et du spectacle : les théâtres proposant davantage de représentations sur un même soir. Exemple du Théâtre de Pigalle inauguré en 1929 et financé par Henri Rothschild (vigneron, scénariste, producteur) et son fils Philippe (entrepreneur, philanthrope) : le théâtre de 1 800 places possède quatre plateaux mobiles actionnés par des monte-charge hydrauliques qui peuvent être équipés par avance et hissés à hauteur voulue, réduisant au minimum les temps de changement de décor. Germaine Krull documente ces avancées techniques spectaculaires.
Ex.3 (ref.théorique) : Une utilisation controversée des lampes à incandescence : les illuminated signs londoniens (1890-1914), Stéphanie Le Gallic in Revue d’histoire du XIXe siècle [En ligne], 45, 2012. [PDF cours] Ex.4 : Théâtre de Pigalle, Germaine Krull (1897-1985, photographe allemande), 1929, série de photographies, plaques de verre, Paris, Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Ex.5 : Paris, les illuminations de l’Exposition, en direction du Trocadéro, Léon Gimpel, 21 octobre 1937, plaque de verre, autochrome, 18x24cm. [PDF cours] Ex.6 : Embrasement de la Tour Eiffel, Georges Garen, 1889, gravure en couleur, H. 52,5 ; L. 34 cm (dimension de l’image), H. 61 ; L. 44 cm (dimension de la planche), Musée d’Orsay, Paris.
Transition : À la foule dense de la ville s’ajoute une hyperstimulation visuelle, lumineuse et colorée, une infobésité urbaine dont les codes sont rejoués par les nouveaux médiums et artistes populaires.
B. L’émergence d’une culture populaire du regard : les mécanismes de la visibilité au travers de l’affiche publique
Contexte et propos : Bien avant l’apogée de la ville marchande, la multiplicité des affiches dans la rue posait déjà question aux élites. Louis-Sébastien Mercier (1740-1814, écrivain, essayiste et journaliste) : « Les affiches sont arrachées le lendemain pour faire place à d’autres. Si la main qui les colle ne les déchirait pas, les rues à la longue seraient obstruées par une espèce de carton grossier, résultat du sacré et du profane mêlaient ensemble. » (écrits rapportés par Laurent Cuvelier dans la conférence Cultures publicitaires, XVIIIe-XXe siècles du 07 octobre 2022). A contrario, Joris-Karl Huysmans (écrivain et critique d’art), dans son ouvrage Certains paru en 1889, déclare à propos des affiches de Jules Chéret qu’elles détonnent et « déséquilibrent, par l’intrusion subite de leur joie, l’immobile monotonie d’un décor pénitentiaire », sous-entendu du décor haussmannien. N’en déplaise aux élites urbaines : un art populaire se développe autour de la publicité et s’expose partout dans la ville. On se bat pour l’attention des flâneurs : usage d’allégories séduisantes sur les affiches, plus tard influence du surréalisme et de ses calembours sur la publicité, apparition du caractère bâton linéal sans sérif (principalement aux États-Unis et en Angleterre entre 1830 et 1840), professionnalisation des affichistes pour basculer au métier de graphiste… La ville est bousculée par l’art de la publicité : le jeu de la grille architecturale et celui de la grille de l’affiche publicitaire entrent en collision. Inféodation de l’architecture aux techniques de la publicité : exemple de la réglementation de la publicité à Francfort en Allemagne décrite par Ludwig Hilberseimer dans La nouvelle rue commerçante.
Ex.1 : L’Étameur, Louis-Robert Carrier-Belleuse, 1882, peinture à l’huile, exposée au Musée d’Orsay à l’occasion de l’exposition « L’art est dans la rue », 2025. Ex.2 (ref.théorique) : Cultures publicitaires, Anne-Sophie Aguilar, Eléonore Challine (dir.), revue Sociétés & représentations, n° 54, 2022, Paris, Éditions de la Sorbonne. Ex.3 (ref.théorique) : La nouvelle rue commerçante, Ludwig Hilberseimer in Das Neue Frankfürt, avril 1929, p.65-71. [PDF cours]
Transition : Ludwig Hilberseimer affirme la nécessité d’un « plan stratégique général d’urbanisme » pour intégrer correctement l’usage commercial toujours plus intense à l’échelle de la ville. Ces réflexions macroscopiques vont guider la pratique et les théories des architectes du XXe siècle, désireux de créer de nouvelles formes urbaines utopiques pour répondre aux maux de la société et aux inégalités aggravées par l’essor de l’industrie et de la « société du spectacle ».
III. Alternatives, résistances et critiques de la ville moderne : un renouvellement idéologique de l’urbanisme ?
Si l’exposition 1925-2025. Cent ans d’Art déco, inaugurée en octobre 2025 au MAD à Paris, peine à retracer les polémiques dont à fait l’objet l’Exposition internationale de 1925, le début du XXe siècle voit émerger une scission forte dans les préoccupations des concepteurs de l’époque. L’exposition, qui fut un succès public en montrant la luxuosité des manufactures françaises (et notamment le travail de l’ensemblier Jacques-Émile Ruhlmann), fut aussi largement critiquée pour sa distance avec les problématiques liées à la production industrielle et les urgences sociales. À cette distance, une avant-garde de concepteurs modernes répond par des propositions mobilières, architecturales, et urbaines radicales dont l’exemple célèbre est celui du pavillon de l’Esprit nouveau proposé par Le Corbusier : un duplex, prémisse de ses réflexions sur l’unité d’habitation et incarnation de son Plan Voisin. Si nombre de projets modernes tentent d’adresser une réponse formelle aux réalités sociales d’un XXe siècle traversé par la guerre, est-il possible d’affirmer que ces utopies ne rejouent pas les mécanismes violents du siècle précédent ?
A. Mécanismes de la violence et rythmes cachés : les marges et les banlieues de Paris
Contexte et propos : Projet de l’enceinte de Thiers lancé après les défaites de 1814 et 1815, volonté de remilitariser Paris, permet de maîtriser l’insurrection prolétarienne plus que de protéger de l’envahisseur étranger (échec du mur de Thiers à retenir les troupes prussiennes en 1870). Spoliation territoriale dans le cadre des travaux d’Haussmann (annexion d’une partie des communes communistes de l’Est parisien et développement des communes de l’Ouest) : caricatures de Charles Vernier et Honoré Daumier. Recul des populations les plus précaires (ouvriers, migrants et chiffonniers, extrêmement stigmatisés par les Parisiens qui les pensent vecteurs de maladies) dans La Zone, espace liminal jouxtant l’enceinte de Thiers (« ceinture noire») pour éviter l’octroi. En 1908, Eugène Hénard (architecte, membre du Musée social, inventeur du rond-point), propose la déconstruction du mur de Thiers pour créer de grands espaces verts et des logements hygiénistes abordables ainsi que des traits d’union avec la banlieue qui s’est développée de manière relativement organique, loin du regard d’Haussmann. Opposition de Louis Dausset (conseiller municipal, anti-dreyfusard et xénophobe notoire), partisan d’un hygiénisme relevant des théories raciales à l’œuvre dans le cadre de l’expansion coloniale de l’époque : proposition de créer une ceinture continue de logements (« ceinture rose ») et une ceinture continue d’espaces verts (« ceinture verte »). En 1912, c’est la proposition de Dausset qui est retenue, la scission entre Paris et sa banlieue est consommée. Nombre de théories urbanistiques et paysagères funestes continueront de se développer, notamment sous le régime de Vichy.
Ex.1 : La ville de Paris voulant englober la banlieue, Charles Vernier, 1858, lithographie. On y voit une Parisienne couronnée à la crinoline géante sur laquelle est inscrit « octroi » sur le point d’englober des petits notables portants des panneaux : « Boulogne », « Passy », « Neuilly », « Auteuil ». Charles Vernier, caricaturiste, fait écho à la polémique de l’extension de la zone de prélèvement de l’octroi au-delà de la fortification de Thiers et à l’annexion des communes limitrophes de Paris à la capitale. Ex.2 : Zoniers. Porte d’Italie (13e arrondissement), Eugène Atget (ancien comédien devenu photographe à la suite de problèmes aux cordes vocales), tirage entre 1912 et 1915 d’après négatif de 1912, Série : Paris pittoresque, Bibliothèque nationale de France. Ex.3 (ref.théorique) : La Zone: Une histoire alternative de Paris, Justinien Tribillon, 2025 [2024], C18 et B42-230. Ex.4 : Les gens de Paris, 1926-1936, exposition du Musée Carnavalet, Paris, octobre 2025 à février 2026, visitée le 16 octobre 2025. L’exposition présente les trois recensements de population réalisés à Paris en 1926, 1931 et 1936, et propose un regard scientifique sur les caractéristiques et répartition de la population parisienne de l’entre-deux-guerres. On peut notamment y voir un travail photographique et cartographique de la Zone.
Transition : Aux violences des programmes urbains commandités par les élites du Second Empire et de la Troisième République répond l’histoire sociale de Paris, rendant les partis-pris architecturaux hygiénistes et militaires quasi obsolètes dès leur promulgation. La dette colossale laissée par les travaux d’Haussmann est vivement critiquée, les réglementations imposées par le baron s’assouplissent progressivement. Les nouveaux territoires de banlieues apparaissent indispensables à intégrer, c’est la naissance d’une nouvelle planification urbaine de grande ampleur et le contexte qui permet à l’architecture moderne d’éclore, à contre-courant d’un Art nouveau qui rejouent l’élitisme du Second Empire.
B. La ville des années 30 : un style international en réponse au problème urbain et sociétal moderne ?
Contexte et propos : De 1910 à 1930, essor et résistance de l’Art déco aux formes industrielles modernes et émergence du style international en réponse critique. En parallèle, essor artistique du constructivisme, cubisme et futurisme. Fondements et influences internationales de l’architecture moderne : ouverture de l’école du Bauhaus en 1919 par Walter Gropius où l’enseignement de l’architecture prend un tournant avec la direction de Mies Van Der Rohe en 1930, travaux de Frank Lloyd Wright aux États-Unis et d’Alvar Aalto en Finlande. Vision d’une architecture totale, abolition de la distinction entre arts majeurs et arts mineurs. Congrès du CIAM et Chartes d’Athènes (1933). Souhait d’industrialiser l’architecture : développement de l’automobile et du béton, l’urbanisme doit répondre à ces nouveaux enjeux techniques. Loi du Ripolin (1925) et « cinq points d’une architecture nouvelle » de Le Corbusier et Pierre Jeanneret (1926) : pilotis, toit-terrasse, plan libre, fenêtre en largeur, façade libre. Avènement du fonctionnalisme et du rationalisme luttant contre le conservatisme de l’architecture et de la décoration Art nouveau puis Art déco.
Ex.1 : Une Cité Moderne, Robert Mallet-Stevens, recueil de planches, préfacé par Frantz Jourdain et édité en 1922. Ex.2 (ref.théorique) : Le Corbusier, L’Art décoratif d’aujourd’hui et « la loi du ripolin », Yannis Tsiomis architecte, chercheur au Laboratoire ACS in Myriam Boucharenc et Claude Leroy (dir.) L’Année 1925.L’esprit d’une époque. Presses universitaires de Paris Nanterre, 2012, p. 63-79 [PDF cours] Ex.3 : Jean et Joël Martel, arbre-sculpture, Jardin de l’habitation moderne, 1925. [PDF cours]
Sous-conclusion : Publication du manifeste de l’UAM en 1934 « Pour l’art moderne, cadre de la vie contemporaine ». L’effort de style du mouvement moderne visant à ne pas cacher ses intentions en épurant les formes a-t-il réellement servi une cause sociale et égalitaire ? Réponse de son temps aux problèmes techniques de la ville industrielle, et plus tard à l’urgence de la reconstruction post Seconde Guerre mondiale, l’architecture moderne a laissé une empreinte indélébile sur les villes contemporaines (processus de préfabrication, systématisation du béton, séparation des voies de mobilité, réaménagement de la hauteur…). Le Corbusier, critiqué pour sa proximité avec le régime de Vichy, incarne une figure aussi novatrice que contestable, échouant selon les projets à se débarrasser d’un totalitarisme allant à l’encontre d’une ville se voulant au service du bien commun et notamment de celui des classes laborieuses. Si le mouvement moderne dépoussière les mécanismes et accélère le rythme de la ville en réfutant un ensorcellement qui irait à l’encontre d’une morale érigée en vérité, est-elle un rempart au sortilège ?
Résumé du plan
I. Nouvelles élites, nouvelles utopies : naissance d’une métropole puissante Création d’un nouveau standard urbain au service du pouvoir : l’haussmannisation et ses mécanismes techniques Propagande internationale et développement du loisir : les expositions universelles Modification de la ville dans le cadre du développement d’une consommation de masse : les grands magasins II. Nouveaux travailleurs, nouveaux dispositifs de séduction : rythmes populaires et artistiques de la ville Progrès sociaux et ville mécanisée : développement d’un rythme urbain intense, diurne et nocturne L’émergence d’une culture populaire du regard : les mécanismes de la visibilité au travers de l’affiche publique III. Alternatives, résistances et critiques de la ville moderne : un renouvellement idéologique de l’urbanisme ? Mécanismes de la violence et rythmes cachés : les marges et les banlieues de Paris La ville des années 30 : un style international en réponse au problème urbain et sociétal moderne ?