Lundi 8 septembre - 16h-18h à l’école Boulle Introduction par Claire Brunet
Objectif de la conférence : dresser une généalogie de la critique.
Qu’est-ce que la critique ?
Qu’est-ce au sens philosophique (Socrate, dans ses conversations, se balade dans la ville en demandant qu’est-ce que la vertue, le mot… etc.). La critique est une forme historique de discours, des conditions historiques de possibilités. La critique n’est pas la contestation. Socrate critiqué pour avoir corrompu la jeunesse. Enchaînement particulier du discours qui propose une analyse public des choses, la critique c’est la constitution d’un espace public, les conditions de la démocratie. On tient un discours critique dans un discours social, à la fois architectural et politique. Urban Abbermas (?) héritier de l’école de Francfort, càd méditation allemande sur le nazisme et sur comment l’Allemagne s’est égaré dans le totalitarisme. 1962, L’espace public archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise : il construit le concept philosophie de la critique. La pub comme horreur bourgeoise est une mauvaise critique et mauvaise compréhension historique de ce livre. La critique comme discours demande un espace public offlinchtak (?) comme appelé par Abbermas (?). La société bourgeoise s’émancipe de ce qu’on appelle la société de classes. Le bourgeois est le tiers ordre, ni curé, ni aristocrate. L’espace public c’est l’espace de la discussion, lieu de la controverse et du débat. Hannah Arendt “l’espace de la visibilité” (Conditions de l’homme moderne). Critique =/= erreintages (à Noël en famille) Fin XVIIIème, critique dans le cadre de la Révolution française, attention Jeu de Paume est déjà une forme d’élite toute relative. Emmanuel Kant affirme qu’il existe en chacun une capacité rationnelle à formuler un jugement, il n’y a pas de conditions sociales ou politique (Rappel livres : Critique de la raison pure / Critique de la raison pratique / Critique de la faculté de juger). Formuler une critique ce n’est pas créer ou accumuler du savoir. “C’est beau” un jugement c’est universel, n’importe qui à ma place le dirait. Ce qui vous plait =/= ce qui est beau fait appel à l’universel. Formuler un propos c’est se baser sur une subjectivité partagée et non pas une objectivité personnelle. Faculté politique à juger. Par extension application à l’art par les romantiques allemand. Abbermas dit que c’est à la fois dans l’expé de la révolution et expérience esthétique on commence à s’intéresser jugement susceptible d’être partagé, qui va commencer exister espace public (XIXème) / Presse, diffusion de la littérature : histoire Roger Chartier. Musée : autre espace public où le jugement de tous peut se formuler. Diderot (livre musée ?). Abbermas parle du fait de “papoter” en considérant les oeuvres au musée, se constituer en public c’est papoter en voyant les oeuvres que l’ouverture des musées me permet de voir. Usage public du raisonnement : pour lequel il faut un cadre juridique, social et politique mais hors du cadre de l’État et de la famille. Cafés et salons parisiens : architecture publique de la conversation. Avènement des œuvres publiées et qui ne sont pas possédées. Jugement de goût, Kant Nouvel usage : on peut aller dans un lieu public où critiquer. Abondance de théâtres, salles de concert et musées courant XIXème. Abbermas : déplacement du public de la cour de Versailles à la ville post Révolution. Avènement discours critique, solidaire d’une forme de vie et de l’architecture critique. Phénomène de marchandisation des oeuvres : si les oeuvres sont possédées, on ne peut pas en débattre. Le public est extensible : lecteur, auditeur, spectateur n’est pas un nombre fini, c’est un projet sociétal extensible. Idéal social nécessaire à la construction de la critique. Revendiquer la possibilité de transmettre une compétence à juger (Diderot) Qui a la droit de juger ? Réponse universaliste XIXème contestée en 1960 par Bourdieu qui théorise le déterminisme. Peut-on se moquer de ceux qui n’aiment que l’impressionnisme ? Ou des tentatives de l’école Boulle à faire vouloir absolument faire du “design contemporain” ? Galerie : “long rectangle étendu qu’on traverse”, lieu qui n’est plus dédié aux artistes mais au public (exemple Capitole à Rome). Plan de Durand, musée idéal de Boullet, apparition du forum / agora, nouvel espace public. Le musée est un espace singulier, à mi chemin entre le lieu de l’exposition et le lieu de la discussion. Musées conversationnels Musée =/= lieux aristocratiques, Studiolo sans fenêtres dans les palais italiens… La critique et le discours sont la discussion de ceux qui ne sont pas autorisés à la naissance / S’extraire des logiques de dominations, du pouvoir. Une vraie critique ne tente pas de prendre le pouvoir. Mallarmé “c’est au public de juger les œuvres qui y sont exposées”, XIXème, salons des refusés. Il ne devrait pas y avoir d’interdiction à exposer. Modernes : il faut avoir vu pour critiquer.
La critique d’art
Naissance à ce moment, Diderot (1780), Baudelaire (1960 (?)), genre littéraire et journalistique. Assumer une fonction descriptive car il faut faire voir à ceux qui n’ont pas vu ce que la photo peut transmettre mais trop peu. (photo de l’oeuvre) Discours critique assume un élément objectif, il établit des faits. La critique est une critique de la confiscation (ex parler d’un film en pensant que tu l’as vu) et du mensonge, fondamentalement. Il y a une éthique du discours critique. La critique doit reprendre une description de l’oeuvre et faire voir le réel. La critique n’est pas en soi une fiction, même s’il peut y avoir des ponts, l’historien Michael Freek (?)La place du spectateur , où il adresse une lecture de Diderot. Elle critique, assume une fonction sociale car traduit pour ceux qui n’ont pas pu venir. 1946, inauguration du salon de (?), Baudelaire : “le discours qui permet de voir et de comprendre” La critique assume une dimension pédagogique. 1851-1855 : exposition d’objets industriels (Crystal Palace, expo universelle de Paris), Baudelaire “prendre au sérieux l’universel”, acclimater notre goût à ce qui vient d’ailleurs. “Le beau est toujours bizarre” càd la critique de l’objet d’art : exercice qui tente de rendre compte de l’inconnu. Critiquer les “chinoiseries” (attention pas une vision coloniale) c’est être capable de critiquer notre propre conception de l’objet. La critique de l’architecture reprend une forme fossilisée de la critique d’art, une critique scolaire, qui suit les recommandations académiques, du prix de Rome. Vers une architecture, Le Corbusier / vision des modernes Deuxième temps, immédiate après-guerre à l’école d’Ulm : critique dimension essentielle enseignement et discours sur les objets. L’innocence de l’objet : critique = déconstruction de l’innocence de l’objet. Les nazis ont compromis la vie privée et publique. Ulm “est-ce que la vie privée serait l’endroit de la reconstruction de l’innocence ?”. Critique n’est plus seulement la capacité à créer l’espace public mais à sauver l’espace public. Il faut déconstruire ce qui a envahi et contaminé l’espace public (les ornements, les graphismes, l’architecture, l’urbanisme). La critique vise la neutralisation du sens. Elle est déconstruction, une forme d’ascèse. Milieu / fin années 1950, “Le degrés zéro de l’écriture” Roland Barthes : pourquoi Barthes cherche le degrés zéro ? Le moins possible d’idéologie. Less is more On va ensuite en vouloir aux allemands de faire disparaître tout ce qui est figuratif du sens. La question du sens va agiter disciplines archi / design jusqu’en 1970. Dans l’immédiate après-guerre : sens politique qui est traqué / En 1960 : c’est le sens au sens de la sensibilité qui est cherché. Grand auteur de la critique actuel : Rem Koolhaas, critique le consumérisme mais en même temps travail pour lui. Qui serait aujourd’hui des critiques contemporains du design / architecture ? Bernard Kiro, Simplifier , “pape” de la figure critique, pas à prendre au mot. La critique doit-elle avoir une dimension utopique ? Françoise Choay, textes L’utopie Thomas Moore : voyage dans les Flandres avec un inconnu de l’île d’utopie (Raphaël (?)) Pierre Gilles. L’île d’utopie c’est une île construite dans la critique de la société anglaise de l’époque. On accède à l’utopie, dans une île construite dans un contre-réel. Critique = contre-réel ? au-delà de la description ? L’utopie = critique. Contraire de la critique = le cynisme (dit de Rem Koolhaas). L’utopie, topos lieu, otopos bon lieu, atopos non lieu. Utopie = tout à la fois. Chez Thomas Moore c’est la ville idéale. Analyse Choay : Moore fait sa ville idéale en réponse aux grandes découvertes de l’époque (confrontation à l’altérité) La critique est une manière de regarder droit dans les yeux les choses qui sont J’ai raconté une histoire soft de la critique mais est-ce que la critique peut-elle être violente ? Branzi 1974 Casa bella (problemata.org), série de textes publiés au moment d’une guerre entre designers et architectes après le passé fachiste italien. Il fait la critique d’Aldo Rossi (regarder les dessins), de son monumentalisme et de l’école qu’il fonde. “Vous croyez être des révolutionnaires en adoptant le monumentalisme alors que vous êtes des petits réactionnaires effrayés par le vide réactionnaire”. Texte qui passe de la critique à la polémique. Ça sert d’avoir quelqu’un sur qui taper. Aldo Rossi Architectura citea (?) vision aussi juste à lire. No-stop city.