Lundi 06 octobre - 10h30 à Duperré Claire Brunet Anthropocène Jonction philosophie / psychanalyse. Engagement. Passage en revue du programme du séminaire : Claire sur le texte La pleurabilité du vivant de Judith Butler Oliva Caster (intervention), sur le livre Champignon de la fin du monde d’Anna Tsing Esthétique du paysage Catherine Geel - ? Demain : lecture Rham Mercredi (ENS pas là) : sommeil (youtube film qui sera transmis) Conférence Claire Buffon (naturaliste XVIIIe s.), expression sur le style anthropocène Non pas quel est l’homme de l’an. mais quelles sont les conditions subjectives pour qu’un style, un genre (etc) se dessine ? Si la planète crame, peut-on encore s’interroger sur le style ? Rham raconte une histoire : objets décoratifs d’abord utiles (tentures, tapisseries pour se réchauffer par ex) puis les techno. du XIX et XXe s. et l’industrialisation aurait fait du décoratif du décor (intuile, superflu). La fonctionnalité du décoratif reviendrait sur le devant de la scène. Sullivan “form follows function” , la forme se dessine à partie de la fonction chez les modernes. Entrechat de Rham : la lecture qu’on a des modernes n’est pas la seule lecture possible. Il n’est pas vrai que les modernes se sont débarrassés du décor : intérieurs polychromes de Loos, textile de Reich (à la fois déco. et fonction.) Quelles sont les conditions psychiques au temps du désastre environ. ? Judith Butler : disposition psychiq. singulière devant réel inédit (ressources…). Dans l’impasse écologique, qu’est-ce qui sous-tend la possibilité même de l’invention ? Capacité subjective du temps anthropocène Adam Philipps psychanalyse “capacité négative”, càd à ne pas faire (poète anglais Keet, “courrir avec irritation après le faire et la raison”). Faire dans l’embarras, en assumant une forme d’impuissance. Posture éloignée de la modernité. Faire en sachant que nous ne sommes pas les maîtres du monde. Ce que l’anthro. induit ce sont les formes de l’expérience (philo), les formes de vie (design). Judit Butler : à souligner publication dans une revue en ligne Les temps qui restent revue qui succède à la célèbre revue de l’après guerre française, Les temps modernes (Sartre). Succèder aux modernes, se n’est pas assumer le post-moderne. C’est analyser le moderne pour les actions qui nous font rentrer dans l’anthropocène. Épuisement des imaginaires du futur : encore possibles ? Temps moderne : incapacité à faire abstraction du contexte guerre. Les temps qui restent : prendre acte, au temps de l’anthro. l’incapacité de s’isoler du contexte global. HFGAU : création en allemagne école de design, refuser le nazisme. Bouleversement des systèmes biochimiques / créer sans désespérer. Les temps qui restent, qu’ils nous reste avant que ce soit trop tard. Apprendre à vivre dans les restes de la modernité. 1ère définition style anthro. : capacité à imaginer des formes dans ce temps des restes toxiques (nucléaires nota.) et ambitions technologies modernistes. Dans livre folio de CB/CG : texte Minima moralia , Addorno, la guerre est un temps qui nous permet de réfléchir à l’objectivité Nostalgie des vieux objets europpéens qui auraient “l’âge de la discréation”. Nouveaux objets américains post guerre, “objets violents” exemple porte de voiture qu’on doit claquer. Impact psychique des objets. Style anthro. c’est aussi une question de jointure entre les objets et le mental. J.B. anthro. = “pleurabilité du vivant”. Càd ? Âge de l’anthro. c’est celui où nous vivant avec ce sentiment (+ ou - conscient) de la possibilité de la perte. “Nous vivons une vie qui sera pleuré après notre mort ou qui ne le sera pas.” J.B. ne fait pas une critique de la possibilité de la perte. C’est savoir que je serai pleuré plus tard, que ma vie a de la valeur, je vaux car je serai pleuré : “le signe que notre vie compte aux yeux d’autrui” . Capacité à être pleuré = symbole du collectif, du rapport à autrui. Façon de ne pas réduire ma vie à sa biologie. J.B. “êtres pleurables et non pleurables” : distinction, l’être considéré comme non pleurable est déjà perdu (hyperactualité du texte, ex. Gaza). Il y a des être tuables ? L’inpleurabilité n’est pas seulement un phénom. politique. Il y a des conditions subjectives à l’inpleurabilité ou (=) la perpétuelle pleurabilité. J.B. s’appuit sur Freud Deuil et mélancolie où il distingue le deuil (perte psychologique d’un être identifié), nostalgie (perte d’un objet dont on ne sait pas ce qu’il reprèsente pour nous, perte ravageuse car je ne sais pas qui ou quoi j’ai perdu). Si je ne perds pas, je ne peux pas vivre ma vie / sens philo. Intérêt texte JB. : si la pleurabilité du vivant est la forme psychique de l’expérience au temps de l’anthro. ça signifie que =/= au deuil qui vient après la disparition, nous anticipons une expé. dont on ne sait pas si elle relève du deuil ou de la nostalgie. Obsession de cette perte à venir ou bien dénégation de cette perte à venir (vivre exclu. dans présent). JB insiste sur “les infrastructures de la vie” = tous ces agencements soutiennent la vie, soit “soutenir son orientation vers l’avenir”. Mais prise de conscience nécessaire sur le processus de perte, perte qui n’est pas exclu. humaine, perte du monde, de tout le non-humain dont nous sommes responsables et solidaires. Cette perte nous contraint à penser que nous sommes solidaires de tout ce qui se perd. “Ce chagrin que nous ressentons (…) est déjà dans et du monde (…)”. Nous sommes porteurs d’une forme de destructivité, travail du designer engagé dans une dissolution de la solidarité avec le monde. La catastrophe climatique condition et expérience : nous y sommes et on en est partie prenante. Structure même du temps s’infléchit et se brise dans cette expérience. Texte de JB publié par H. Arrendt qui publie dans les années 50,Les conditions de l’homme moderne : où elle pense encore que nous pourrons concevoir des objets durables. “L’oeuvre de nos mains” HA, pourrait contribuer à instaurer dans le monde un cadre durable. Cette condition là c’est une forme d’espoir moderne dont on est contraint de sortir à l’ère anthro. Butler propose une issue : que se passe-t-il si après les guerres et les catastrophes climatiques, les pertes perdurent et on ne peut pas faire son deuil ? Perte perpétuelle. Dans ces cas le travail du deuil est différent : idée de perdre, perdre et perte à venir = feuilletage du temps = anthro.“Condamner à avancer, ayant perdu et perdant encore” . Illusion que je dépasserai la perte mais est-ce paralysant ? Je vis encore. Nous sommes des perdants, et il vaut mieux le reconnaître. Nous sommes la somme des pertes que nous avons subit et que nous subirons. Butler : nos vies sont sous l’épée de Damoclès du deuil. Capitalisme de la finitude. Anedocte conclusive : Anna (fille de Freud, psychanalyste pour enfants) : Losing and being lost texte (contexte : petits londoniens envoyés en campagne pendant la guerre), ces enfants deviennent des perdants chroniques (ils perdent leur livre, leur vêtement…). Texte qui apprend que posséder n’est pas naturel, qu’il y a des conditions psychiques à posséder, et que la guerre a détruit la capacité. Enfants fantômes, vie dans la séparation de la guerre. Petits londoniens nous montrent la vie avec les fantômes. Il n’a pas fallut attendre l’anthro. pour vivre dans la perte et le deuil. Sommes nous en deuil ou devant un héritage ? L’anthro. = nous ne sommes pas libres de refuser cet héritage, dettes, impayés et impasses des générations antérieures. Nous contractons aussi une dette envers le futur. Nous vivons mentalement dans un tissage entre le deuil et l’héritage. H.A. : exergue de son livre, René Char (poète français, résistant, ami Heidegger pour la contradiction) : “Notre héritage n’est précédé d’aucun testament” . Nous n’en aurons jamais fini avec la possibilité du deuil. Butler “notre héritage c’est notre oscillation entre pleurabilité et non-pleurabilité”. Conclusion. Le style de l’anthropocène à la croisée des références (JB, HA, AF) : le style de l’anthro. serait non pas seulement celui d’une condition psychique marqué par la perte et perte possible mais d’une condition psychique qui assume le refus d’être propriétaires. Nous ne sommes pas propriétaires du monde mais pris dedans. Ex. des petits londoniens : être c’est peut être être en capacité de perdre, et ce n’est pas si facile de perdre. Notre héritage n’est pas un héritage de biens mais de dettes, ce qui n’empêche pas d’exister. Ce n’est pas un propos désespérant. Ni moraliste.